Des détracteurs de Boris Johnson se tournent vers les tribunaux

Un manifestant pro-européen devant le Parlement britannique, à Londres, jeudi
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Un manifestant pro-européen devant le Parlement britannique, à Londres, jeudi

Les opposants à un Brexit dur ont déclenché jeudi une offensive judiciaire contre la décision du nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, de suspendre le Parlement pendant plus d’un mois, ce qui a indigné une bonne partie du Royaume-Uni et entraîné la démission de la très populaire chef des conservateurs écossais, Ruth Davidson.

Mme Davidson, favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, a évoqué « le conflit » qu’elle a « ressenti sur le Brexit » dans sa lettre de démission et a exhorté Boris Johnson à trouver un terrain d’entente avec l’UE. La charismatique quadragénaire avait su redonner un nouveau souffle au Parti conservateur en Écosse, qu’elle dirigeait depuis 2011.

La décision de M. Johnson de suspendre le Parlement à partir de la deuxième semaine de septembre, et jusqu’au 14 octobre (deux semaines avant le Brexit) a suscité une vague de colère au Royaume-Uni, le politicien étant accusé de pratiques « dictatoriales ».

Contre-offensive

Le chef du gouvernement a dit vouloir mettre ce temps à profit afin de définir une nouvelle politique « ambitieuse » pour son pays. Mais l’opposition y voit une manoeuvre en vue d’empêcher les députés de bloquer un Brexit sans accord, que le gouvernement souhaite mettre en oeuvre s’il ne trouve pas de compromis avec l’Europe sur les conditions de la sortie de l’UE le 31 octobre.

Pendant ce temps, la contre-offensive se prépare. Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste (Labour), le principal parti d’opposition, a prévenu qu’il tenterait dès la rentrée parlementaire mardi de « légiférer pour éviter un no deal et empêcher M. Johnson de fermer le Parlement pendant cette période particulièrement cruciale ».

Des actions en justice ont aussi été lancées à Londres, Édimbourg (Écosse) et Belfast (Irlande du Nord) sur la légalité du choix du premier ministre. Une décision provisoire de justice est attendue pour vendredi à Édimbourg.

Traditionnellement, le Parlement britannique ne siège pas pendant quelques semaines en septembre, au moment des congrès annuels des partis. Et il n’est pas inhabituel qu’un nouveau premier ministre suspende brièvement la session parlementaire en cours pour présenter ensuite un nouveau programme.

Ce qui a fait dire à Jacob Rees-Mogg, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, que « cette indignation est bidon et créée par des gens qui ne veulent pas que nous quittions l’Union européenne » malgré le référendum de juin 2016 qui s’est prononcé à 52 % pour le Brexit.

Mercredi soir, des milliers de personnes avaient manifesté à Londres, Manchester, Édimbourg et d’autres grandes villes, scandant « Arrêtez le coup d’État ». D’autres rassemblements sont prévus pour la fin de semaine, ainsi que pour mardi, pour la rentrée parlementaire, à l’initiative de l’organisation People’s Assembly, classée à gauche.

Le mouvement Momentum, l’aile gauche pro-Corbyn du parti travailliste, a appelé à « occuper les ponts et bloquer les routes ».

Sur le site Internet officiel petition.parliament.uk, une pétition contre la décision dépassait jeudi soir les 1,5 million de signatures. Au Royaume-Uni, toute pétition atteignant 100 000 signatures peut déclencher l’ouverture d’un débat parlementaire, sans toutefois pouvoir remettre en cause la décision contestée.