Au Royaume-Uni, l’opposition s’allie pour empêcher un Brexit sans accord

Le Labour, avec à sa tête Jeremy Corbyn (notre photo), estime que privilégier un rapprochement avec les États-Unis plutôt qu’un accord mettrait le royaume sous le joug de Trump au lieu de lui rendre sa souveraineté.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Le Labour, avec à sa tête Jeremy Corbyn (notre photo), estime que privilégier un rapprochement avec les États-Unis plutôt qu’un accord mettrait le royaume sous le joug de Trump au lieu de lui rendre sa souveraineté.

Les partis d’opposition britanniques se sont dits déterminés mardi à contrecarrer d’urgence un Brexit sans accord le 31 octobre, tandis que le Parti du Brexit de Nigel Farage a menacé le premier ministre Boris Johnson de torpillage électoral s’il ne rompait pas brutalement avec l’UE.

Les chefs de file des partis d’opposition ont eu une réunion « productive » destinée à bloquer un Brexit sans accord, qui serait « désastreux », selon un communiqué commun diffusé à l’issue de la rencontre.

« Les participants se sont entendus sur l’urgence d’agir ensemble pour trouver des moyens pratiques d’éviter une absence d’accord, dont la possibilité de voter une loi et la défiance » contre le gouvernement, ont ajouté le Parti travailliste (Labour), le Parti national écossais (SNP), les libéraux-démocrates, le Plaid Cymru (pays de Galles), les verts et le Groupe indépendant pour le changement.

Boris Johnson ne dispose de la majorité absolue qu’à une seule voix près au Parlement, et il n’a pas écarté la possibilité de suspendre l’assemblée pour empêcher les députés de bloquer un no deal. Il veut à tout prix quitter l’UE, avec ou sans accord de divorce, une position qui divise profondément le Royaume-Uni, jusque dans son camp conservateur, dont une partie souhaite le maintien de liens étroits avec le club européen. Une césure brutale fait également craindre des pénuries alimentaires, de carburant et de médicaments, ainsi que le rétablissement de droits de douane.

Londres et l’UE s’opposent sur le sort de la future frontière irlandaise, qui séparera le Royaume-Uni du marché unique européen, tout en se disant prêts à en discuter. M. Johnson devait s’entretenir au téléphone mardi avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et il a dépêché son conseiller David Frost à Bruxelles pour des discussions mercredi, selon une porte-parole de l’exécutif européen, Mina Andreeva.

Possibilité d’élections anticipées

De son côté, le Parti du Brexit, mené par l’eurodéputé europhobe Nigel Farage, s’est mis en ordre de bataille en présentant mardi ses candidats à d’éventuelles élections législatives anticipées, un scénario de plus en plus évoqué. « Le no deal est le meilleur accord, le seul accord acceptable », a lancé M. Farage, une figure clé de la campagne référendaire sur le Brexit en 2016, applaudi par plus de 500 candidats potentiels à Londres. Il a souligné que lui-même se présenterait aussi. Son parti, arrivé en tête des élections européennes en mai, a promis de disputer tous les sièges détenus par les tories si Boris Johnson faisait un compromis avec Bruxelles.

Éviter un no deal

À l’opposé, le Labour, la principale formation de l’opposition, fera « tout ce qui est nécessaire » pour empêcher un Brexit sans accord, avait prévenu Jeremy Corbyn avant la réunion dans le journal The Independent. Il avait également mis en garde contre les risques d’un no deal favorable au président américain Donald Trump qui, ardent défenseur d’un Brexit sans concession, a promis à M. Johnson « un très grand accord commercial, rapidement » après le retrait. Une sortie de l’UE sans accord « ne nous rendra pas notre souveraineté, cela nous mettra sous le joug de Trump et des grosses entreprises américaines », s’était inquiété Jeremy Corbyn.

Selon lui, des élections anticipées seraient le meilleur moyen de contrecarrer un Brexit sans parachute. Il veut au préalable faire tomber le gouvernement après le retour de vacances du Parlement, le 3 septembre, et prendre la tête d’un gouvernement intérimaire avec l’objectif de repousser la date du divorce d’avec l’Union européenne. Les travaillistes feraient alors campagne pour un nouveau référendum sur l’appartenance à l’UE, qui mentionnerait la possibilité pour le Royaume-Uni d’en rester membre. Mais ce scénario n’a pas la préférence des autres partis d’opposition. Pour la chef des libéraux-démocrates Jo Swinson, il est de fait voué à l’échec, Jeremy Corbyn n’étant pas, selon elle, en mesure de réunir une majorité pour gouverner.

Les Britanniques ont décidé à 52 % de quitter l’Union européenne à l’occasion d’un référendum en 2016, mais la date du départ a déjà été repoussée deux fois après que le Parlement se fut opposé à l’accord conclu entre Bruxelles et le gouvernement britannique, alors dirigé par Theresa May.