L’incendie sur l’île de Grande Canarie a fait moins de dégâts que prévu

L’incendie sur l’île touristique espagnole de Grande Canarie commençait à faiblir mardi selon les autorités, grâce à des conditions climatiques plus clémentes.
Photo: Desiree Martin Agence France-Presse L’incendie sur l’île touristique espagnole de Grande Canarie commençait à faiblir mardi selon les autorités, grâce à des conditions climatiques plus clémentes.

L’incendie sur l’île touristique espagnole de Grande Canarie commençait à faiblir mardi selon les autorités, grâce à des conditions climatiques plus clémentes qui ont permis de limiter les dégâts dans des espaces protégés riches en biodiversité.

Déclaré samedi, l’incendie, d’une virulence rare avec des flammes atteignant par endroits 50 mètres de haut, faisait craindre lundi un « drame environnemental » aux autorités dans deux réserves protégées de l’île.

« Après avoir visité les zones cette nuit, les techniciens me font savoir que l’incendie [...] perd en puissance », a annoncé à l’aube dans un tweet le président des Canaries, Angel Victor Torres.

Le vent a notamment faibli dans la nuit, éloignant les craintes des autorités de voir brûler la réserve d’Inagua, un des havres de biodiversité de l’île dont l’intérieur est prisé des randonneurs pour ses paysages et microclimats très divers.

L’incendie, le troisième en 10 jours dans l’île, n’a toutefois toujours pas été contrôlé. Il a parcouru jusqu’ici 12 000 hectares et des villages, peuplés au total de 10 000 habitants, ont dû être évacués.

Aucune victime n’est à déplorer et une partie des évacués pourraient rentrer chez eux mardi.

Le tourisme, moteur économique de l’archipel situé dans l’Atlantique face aux côtes marocaines, n’a cependant pas souffert de l’incendie, ont assuré les autorités : le gros des touristes fréquente plutôt les plages de l’île, la deuxième plus fréquentée de l’archipel des Canaries.

Réservoirs de biodiversité

Le parc naturel de Tamadaba, une forêt de pins parmi les plus sauvages de la région, a été moins touché que ne le craignaient les autorités. « Le miracle a eu lieu cette nuit », s’est félicité Angel Victor Torres, le président régional.

Avec 2000 hectares de pinèdes et 7500 hectares protégés de ravins et de massifs s’élevant jusqu’à 1400 mètres d’altitude, ce parc abrite une trentaine de plantes endémiques de l’île volcanique.

« Tamadaba est l’un des grands réservoirs de biodiversité de Grande Canarie », explique à l’AFP Manuel Nogales, chercheur aux Canaries pour le centre public de recherche scientifique.

« Il y a énormément d’espèces de plantes, de vertébrés, d’insectes, de champignons et de microorganismes qu’on ne trouve que dans l’enceinte du parc », ajoute Juli Caujapé, directeur du jardin botanique Viera y Clavijo de Grande Canarie.

Les flammes ont pénétré par le versant est du parc, une zone de pins plutôt jeunes, plantés au siècle dernier. Dans le reste du parc, « ça a été un feu plus superficiel, moins destructeur », assure Manuel Nogales.

Les efforts des pompiers et le vent moins violent ont en outre évité que le feu n’atteigne la réserve d’Inagua, où vit le pinson bleu, un oiseau endémique des îles Canaries dont il ne reste que 400 spécimens environ.

« Si ces 400 [spécimens] avaient disparu, nous aurions eu une espèce de plus sur la liste des espèces éteintes », souligne Manuel Nogales.

Mais les flammes pourraient en revanche avoir dévoré « le dernier réduit de laurisylve », un type de forêt quasi disparu à Grande Canarie, déplore Juli Caujapé.

Les deux scientifiques se sont montrés optimistes devant les « bonnes nouvelles » annoncées par les autorités, assurant que les forêts de Grande Canarie ne tarderont pas à se remettre de l’incendie.

« Les pins canariens ont évolué dans un contexte de volcanisme actif et sont plutôt bien adaptés au feu », explique Manuel Nogales.

« Ce n’est pas pour les pins que nous devons le plus nous inquiéter. Ce qui est préoccupant, c’est le reste des espèces qui ont brûlé ou ont fui. Les pins reverdiront bientôt, mais le reste de la végétation et de la faune mettra plus de temps », avertit Juli Caujapé.