Vers des élections anticipées en Italie?

Sur cette photo prise le 14 janvier 2019, le Premier ministre italien Giuseppe Conte (à gauche) et le ministre italien de l'Intérieur et vice-premier ministre Matteo Salvini assistent à une conférence de presse au Palazzo Chigi à Rome.
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Sur cette photo prise le 14 janvier 2019, le Premier ministre italien Giuseppe Conte (à gauche) et le ministre italien de l'Intérieur et vice-premier ministre Matteo Salvini assistent à une conférence de presse au Palazzo Chigi à Rome.

Luigi Contu, directeur de l’agence Ansa, a suivi le Parlement italien pendant 20 ans. Pour cet expert, des élections anticipées sont « très probables », mais le chef d’extrême droite Matteo Salvini n’est pas assuré d’une majorité suffisante. Propos recueillis par Françoise Kadri.

L’Italie va-t-elle vers des élections anticipées inédites à l’automne ?

Le vote est très, très probable, je ne vois pas un autre gouvernement, ni une autre majorité. Ce sera au président Sergio Mattarella de jouer les dominus [celui qui décide des événements]. La seule situation qui pourrait empêcher [des élections] serait dans le cas d’une forte crise. Si les marchés devaient mettre la pression sur le spread [écart entre taux d’intérêt italien et allemand] et si les obligations d’État devaient beaucoup monter, il pourrait y avoir nécessité de faire un gouvernement qui élabore le budget et on voterait ensuite, mais il me semble improbable qu’[un tel gouvernement] obtienne les voix nécessaires. Le plus probable est d’avoir une crise [démission de Giuseppe Conte], puis un « gouvernement du président » qui n’aura pas de majorité et sera chargé de gérer les affaires courantes jusqu’à des élections en novembre, ou fin octobre.

Pourquoi est-ce important pour l’Europe ?

La situation ne pouvait pas continuer ainsi, deux gouvernements [parallèles en un seul], pour chaque décision, des disputes à n’en plus finir qui nous mettaient en grande difficulté… En fait, trois gouvernements avec l’aile technique [du ministre de l’Économie Giovanni] Tria, qui oscillait entre les Cinq Étoiles et la Ligue. Pour l’Europe, c’est très important, car si, sondages en main, on imagine une coalition entre Salvini et Meloni [du parti post-fasciste Fratelli d’Italia], on arriverait presque à la majorité absolue et ce serait certainement une majorité antieuropéenne.

Salvini est-il assuré de pouvoir diriger un gouvernement d’ultradroite ?

Une coalition avec Mme Meloni serait sur la même ligne politique. […] Ce serait certainement un gouvernement de droite classique, souverainiste, et une nouveauté pour l’Italie. Mais je ne suis pas si sûr qu’ils auront assez de voix au Sénat, qui a un système basé sur le vote des régions, sans [le parti de centre droit de Silvio] Berlusconi. […] Désormais l’électorat, dans toute l’Europe et en Italie en particulier, est très instable. Salvini, à ce moment précis, est au maximum des sondages, mais on a encore trois mois devant nous, trois mois de campagne électorale. Jusqu’à présent, Salvini n’a pas eu d’opposition. Il l’avait à l’intérieur du gouvernement, mais ça le renforçait : le centre gauche n’était pas organisé, de nouveaux acteurs peuvent intervenir. Qui sera le nouveau chef des 5 Étoiles ? Est-ce que ce sera Giuseppe Conte ? […] S’il parvient à se présenter comme l’homme responsable qui voulait gouverner le pays […] qui voulait changer les choses, il pourrait consolider une partie de l’électorat 5 Étoiles. Je ne sais pas s’il le fera et s’il partira en campagne, mais j’ai l’impression que oui.