Après 20 ans au pouvoir, Poutine gouverne sans partage

«Le Poutine d’aujourd’hui n’est pas celui de 1999-2000: de libéral, il est devenu conservateur», estime le politologue Konstantin Kalatchev.
Photo: Alexei Druzhinin Sputnik Agence France-Presse «Le Poutine d’aujourd’hui n’est pas celui de 1999-2000: de libéral, il est devenu conservateur», estime le politologue Konstantin Kalatchev.

Quand Vladimir Poutine est nommé premier ministre, beaucoup pensent que le peu connu patron des services de renseignement compte poursuivre les réformes démocratiques des années post-soviétiques tout en restaurant l’ordre. Vingt ans plus tard, il a installé un pouvoir sans partage et semble déterminé à le conserver. Ces dernières semaines, le refus des autorités de laisser l’opposition se présenter aux élections municipales de plusieurs grandes villes, Moscou en tête, et la ferme répression du mouvement de protestation qui a suivi laissent peu de doutes.

Après avoir minutieusement marginalisé toutes les voix critiques, l’ancien agent du KGB de 66 ans, populaire pour avoir restauré la place de son pays sur la scène internationale et ramené un semblant de stabilité, ne compte pas laisser émerger d’opposition. Quand bien même la Constitution ne lui permet pas de se représenter à un nouveau mandat en 2024.

Boris Eltsine annonce le 9 août 1999 qu’il nomme le directeur du FSB, l’héritier du KGB soviétique, à la tête du gouvernement. Les commentateurs voient en lui un représentant des services de sécurité capable de mettre fin à l’instabilité politique et aux troubles dans le Caucase. Mais aussi un efficace homme d’État ayant entamé sa carrière auprès du très libéral maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, et choisi par le clan Eltsine pour maintenir la Russie sur la voie de l’économie de marché. Affaibli, le président d’alors démissionnera le 31 décembre suivant au profit de son dauphin.

« Le Poutine d’aujourd’hui n’est pas celui de 1999-2000 : de libéral, il est devenu conservateur », estime le politologue Konstantin Kalatchev. Selon l’expert, « cette évolution a été déclenchée par sa déception envers les Occidentaux ». Un tournant a eu lieu en 2004 avec la « Révolution orange », qui aboutit à l’élection en Ukraine d’un président pro-occidental et que le Kremlin considère comme une ingérence occidentale dans son pré carré.

« Le conflit avec l’Occident a transformé Poutine en réactionnaire », juge l’éditorialiste politique de la radio Business FM Georgui Bovt. Sur le plan intérieur, cela se traduit par la défense des valeurs traditionnelles conservatrices prônées par l’Église orthodoxe, en opposition avec une forme de « décadence » occidentale, et un recul permanent des libertés publiques au nom de l’ordre et de la stabilité.

L’échéance de la fin de mandat amène la classe politique russe à s’interroger sur ses intentions. Redevenir premier ministre comme en 2008-2012 ? Désigner un successeur comme Boris Eltsine en 1999 ? Ou bien s’attribuer une fonction honorifique lui permettant de tirer les ficelles comme vient de le faire l’homme fort du Kazakhstan voisin ?