Hommage en France à Steve, disparu la nuit d’une opération policière controversée

Dans la capitale française, une centaine de personnes, parfois vêtues de gilets jaunes, ont rendu hommage à Steve Maia Caniço.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Dans la capitale française, une centaine de personnes, parfois vêtues de gilets jaunes, ont rendu hommage à Steve Maia Caniço.

Des centaines de personnes ont manifesté samedi à Nantes (ouest de la France) contre les « violences policières » lors d’un rassemblement sous tension, et d’autres mobilisations ont eu lieu dans le pays en hommage à Steve Maia Caniço, disparu la nuit de la Fête de la musique marquée par une opération controversée de la police.

Ce jeune homme de 24 ans, dont le père est d’origine portugaise, avait disparu dans la nuit du 21 au 22 juin lors de la Fête de la musique à Nantes, alors qu’il assistait à un concert de musique techno en bord de Loire, où les forces de police étaient intervenues.

Durant cette nuit, plusieurs personnes étaient tombées dans ce fleuve. Des participants avaient raconté avoir été aveuglés par le gaz lacrymogène. Steve Maia Caniço, lui, ne savait pas nager, selon ses proches.

Le corps de cet animateur périscolaire a été retrouvé lundi dans la Loire.

L’affaire a suscité émotion et réactions en France.

Samedi après-midi, à proximité du périmètre interdit par les autorités françaises par crainte de débordements, 1700 manifestants, selon la police, ont défilé vers la préfecture puis vers la cathédrale et le château de Nantes.

Gaz lacrymogène et canon à eau ont répliqué aux jets de projectiles et départs de feu. Des barricades avec du mobilier urbain ont été dressées, dont certaines étaient en feu.

Quarante personnes ont été interpellées pour « faits de violences ou transport d’armes par destination », a indiqué la préfecture évoquant 39 placements en garde à vue.

Deux personnes ont été blessées, un policier et un manifestant, selon la même source. Les vitrines de certaines boutiques ont été dégradées.

La famille de Steve, 24 ans, s’est, elle, désolidarisée de toute violence, plaidant pour « un soutien amical, artistique et pacifique », selon son avocate, Me Cécile de Oliveira.

Cibles de tous les slogans, la police et le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner. La polémique sur l’attitude de la police le soir de la Fête de la musique à Nantes reste en effet vive.

Le rapport de l’IGPN, la « police des polices », dévoilé mardi, a été accusé par certains d’être trop favorable aux policiers. Il affirme notamment qu’«Il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police […] entre 04H20 et 04H52 quai Wilson à Nantes et la disparition de M. Steve Maia Caniço après 04 h 00 dans le même secteur ».

Mais des zones d’ombre demeurent. Le Premier ministre français Edouard Philippe a demandé une enquête de l’inspection générale de l’administration.

Vendredi, M. Castaner est revenu sur l’utilisation de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre, admettant qu’il y avait un « questionnement » sur leur usage.

« La police noie », « Selon l’IGPN, le meurtre était conforme », pouvait-on lire à Nantes sur des pancartes et des murs.

Plus tôt dans la journée, plusieurs centaines de personnes s’étaient retrouvées à Nantes dans le calme et dans une émotion palpable autour de la Grue Titan jaune — monument historique et emblématique de l’île de Nantes — près du lieu où Steve a été retrouvé noyé.

Des mobilisations ont également eu lieu dans plusieurs villes de France, dans le calme, notamment à Paris, Montpellier (sud-est), Toulouse (sud-ouest), souvent à l’appel de manifestants du mouvement social des « gilets jaunes », avec toujours pour cible les forces de police.

Dans la capitale française, une centaine de personnes, parfois vêtues de gilets jaunes, ont rendu hommage à Steve Maia Caniço en observant une minute de silence et en déposant des roses blanches sous la surveillance d’un impressionnant dispositif policier.

Pour Jean-Christian, « gilet jaune », Steve, « c’est la mort de trop». « Il y a trois coupables, le premier donneur d’ordre c’est Castaner. Le 2e donneur d’ordre c’est le préfet de Nantes et le 3e c’est le commissaire de Nantes ».