Espagne: comment Sanchez peut-il éviter de nouvelles élections?

Il reste deux mois à Pedro Sanchez pour former un gouvernement.
Photo: Oscar Del Pozo Agence France-Presse Il reste deux mois à Pedro Sanchez pour former un gouvernement.

Pedro Sanchez ne veut pas jeter l’éponge après avoir échoué jeudi à obtenir la confiance des députés espagnols, mais ses options pour être reconduit chef du gouvernement sont limitées s’il veut épargner de nouvelles élections à l’Espagne.

Vainqueur des élections législatives d’avril avec 123 députés sur 350, son Parti socialiste (PSOE) est le seul pouvant rallier assez de soutiens pour dégager une majorité. Il lui reste deux mois pour former un gouvernement, faute de quoi les Espagnols devront retourner aux urnes. Voici ses options :

1. Depuis les législatives, Pedro Sanchez demande à gouverner seul, comme il l’a fait depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018, en cherchant des appuis au cas par cas. Aucun des autres partis n’a accepté. Il lui faudrait pour cela, pointe le politologue Lluis Orriols, « faire plier un des partis, soit Podemos (gauche radicale), soit Ciudadanos (libéraux) pour qu’ils s’abstiennent, mais en échange de pratiquement rien » lors du prochain vote d’investiture à la Chambre. Une éventualité pratiquement exclue selon lui.

2. Autre possibilité, Sanchez propose avec insistance un scénario « à la portugaise ». Son homologue socialiste portugais António Costa dirige depuis 2015 un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur par les communistes et le Bloc de gauche en échange d’un programme commun. Les positions de fond entre socialistes et Podemos sont en principe assez proches pour parvenir à un programme commun, mais on voit mal la gauche radicale, qui exigeait d’entrer au gouvernement, faire marche arrière. Le Parti socialiste a de nouveau vendredi appelé les conservateurs du Parti populaire (PP) et les libéraux de Ciudadanos à s’abstenir, pour lui éviter de dépendre des séparatistes, comme ils le lui reprochent. Mais le président du PP, Pablo Casado, refuse de lui faire « un chèque en blanc » en lui facilitant la tâche. Quant à celui de Ciudadanos, Albert Rivera, avec qui il avait signé en 2016 un accord de coalition, il refuse carrément de lui parler.

3. Resterait le retour à l’option qui a échoué jeudi : une coalition avec Podemos. Les socialistes leur reprochent d’avoir rejeté une offre de ministères qui correspond selon eux à leur poids électoral et à leur inexpérience du pouvoir. « C’est rejeté et ça le reste », a déclaré Mme Calvo, montrant que Pedro Sanchez n’était pas pressé de reparler à son rival Pablo Iglesias, le chef de Podemos. « Le problème n’est plus l’accord auquel on pourrait parvenir, c’est surtout un problème de compatibilité. Les deux groupes politiques ne se font aucune confiance », estime l’analyste de Metroscopia Francisco Camas, interrogé par l’AFPTV. Pour autant, elle reste l’option la moins improbable.

4. Si aucun candidat n’est investi le 23 septembre, de nouvelles législatives seront automatiquement convoquées pour le 10 novembre. « La chose la plus probable que je vois aujourd’hui, ce sont de nouvelles élections, vu le climat » de blocage politique, dit Francisco Camas. Dans ce cas, l’électorat rappelé aux urnes va se demander à qui la faute, et « le plus probable est que l’abstention augmentera », analyse-t-il.