Russie: l’opposant Alexeï Navalny renvoyé en prison

Le militant de l'opposition russe, Alexeï Navalny, a assisté à une manifestation à Moscou, samedi dernier. Plusieurs personnes se sont rassemblées pour demander que les candidats de l'opposition soient inscrits sur les bulletins de vote pour les élections législatives de septembre prochain.
Photo: Pavel Golovkin Associated Press Le militant de l'opposition russe, Alexeï Navalny, a assisté à une manifestation à Moscou, samedi dernier. Plusieurs personnes se sont rassemblées pour demander que les candidats de l'opposition soient inscrits sur les bulletins de vote pour les élections législatives de septembre prochain.

L’opposant russe Alexeï Navalny a été condamné à 30 jours de prison mercredi pour des appels à manifester, en pleine montée de la contestation due au rejet des candidatures de l’opposition aux élections locales de septembre.

Un rassemblement d’une ampleur inédite depuis plusieurs années a eu lieu dimanche et l’opposition, M. Navalny en tête, a appelé à manifester de nouveau devant la mairie de Moscou samedi, faisant monter la tension à l’approche de ces scrutins qui s’annoncent difficiles pour les candidats soutenant le Kremlin.

Cette protestation, non autorisée, se déroulera sans ce militant anticorruption de 43 ans, appréhendé mercredi matin au moment où il sortait faire un jogging et acheter des fleurs pour l’anniversaire de sa femme.

« Les gens ont raison quand ils disent que le sport n’est pas toujours bon pour la santé », a ironisé M. Navalny, en t-shirt orange fluo et short, dans une vidéo diffusée du commissariat sur son compte Instagram.

Il a été condamné dans la soirée à 30 jours de détention, la peine maximale, par un tribunal de Moscou pour « infraction répétée aux règles d’organisation des manifestations », qui obligent à obtenir l’aval des autorités avant l’organisation de toute action de ce type.

« 30 jours de détention. Voilà ce que je veux dire : sortez dans la rue samedi […] Tant que nous n’avons pas le droit de vote, nous sommes tous de toute façon en détention », a réagi M. Navalny sur Twitter.

« J’espère seulement que l’arrestation grossière de Navalny va mobiliser les citoyens », a pour sa part lancé l’opposant Ilia Iachine après l’interpellation de son allié, assurant qu’elle n’aurait « aucune influence » sur les plans de l’opposition.

« Ils sont tout simplement morts de peur avant le 27 juillet et ils essayent par tous les moyens de faire peur », a estimé sur Twitter Leonid Volkov, le bras droit de M. Navalny.

Un autre collaborateur d’Alexeï Navalny, Oleg Stepanov, a également été interpellé mercredi et condamné à 8 jours de détention.

Ne pouvant être lui-même candidat car déclaré inéligible pour des condamnations qu’il dénonce comme politiques, Alexeï Navalny a organisé ces dernières années les plus importantes manifestations contre le président Vladimir Poutine, ce qui lui a régulièrement valu des condamnations à de courtes peines.

Dernier exemple en date, le militant a passé début juillet dix jours en détention pour avoir participé à une marche de soutien au journaliste d’investigation Ivan Golounov, accusé de trafic de drogue puis disculpé après une mobilisation sans précédent.

Exceptionnellement élevée après l’annexion de la Crimée, la popularité du président russe a chuté depuis sa réélection pour un quatrième mandat l’année dernière et les scrutins de début septembre s’annoncent difficiles pour les candidats partisans du pouvoir.

L’exclusion des candidats de l’opposition à l’élection du Parlement de la capitale russe a soulevé une vague de contestation marquée dimanche dernier par une manifestation à laquelle ont pris part 22 000 personnes, du jamais vu, selon l’opposition, depuis les mouvements de protestation de 2012 et 2011 contre le retour à la présidence de Vladimir Poutine.

Plusieurs rassemblements pacifiques, dont un sit-in dispersé par la police, avaient également eu lieu mi-juillet devant le siège de la Commission électorale moscovite. En réaction, le Comité d’enquête russe a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête, qualifiant ces réunions de « pressions » et de « menaces de violences » à l’encontre de cette instance.