Au Portugal, des villageois en colère après «l’enfer» de l’incendie

Une femme crie pour demander de l’aide à l’approche des flammes dans le village de Macao, au Portugal.
Photo: Patricia De Melo Moreira Agence France-Presse Une femme crie pour demander de l’aide à l’approche des flammes dans le village de Macao, au Portugal.

Cultures perdues, maisons endommagées, la peur devant l’absence des pompiers : au lendemain de « l’enfer » vécu dans leur village quand les flammes l’ont traversé, les habitants de Roda, dans le centre du Portugal, disaient lundi leur colère et leur détresse.

Ce village d’une centaine d’habitants avait déjà été ravagé par le feu en 2003. En 2017, quand les incendies de forêt ont fait 114 morts dans la région, les flammes sont passées à une dizaine de kilomètres de là.

« Heureusement que j’avais plusieurs tuyaux d’arrosage et ma grande cuve pour pouvoir combattre le feu, sinon je ne sais pas ce que je serais devenu », dit d’un ton grave Adriano Dias Silva, retraité, alors qu’il tente de réparer le moteur d’un petit générateur.

L’homme de 69 ans à la voix rauque, habitant seul à Roda depuis qu’il a laissé son travail de maçon à Sacavém, en banlieue de Lisbonne, à 200 km plus au sud, est parvenu sans aucune aide à stopper le feu aux portes de sa maison.

En revanche, il a perdu tout son verger composé de mandariniers, de pommiers et d’oliviers encore fumants.

Perché sur une colline, Roda est entouré de pins et d’eucalyptus, essence très inflammable. Mais l’eucalyptus pousse rapidement et sans entretien, et l’industrie du papier l’achète à bon prix.

À une cinquantaine de mètres en contrebas de son habitation, une maison a été complètement détruite par les flammes, et le feu progressait vers le haut de la colline.

« Si je n’avais pas eu de chance, ma maison était la prochaine à partir en fumée, et moi avec. La protection civile, c’est la honte nationale de ce pays. J’ai vu deux camions de pompiers passer ici, pas plus, et ils sont arrivés bien trop tard », souffle-t-il.

Une femme inconsolable

Un bob sur la tête et des lunettes sur le nez pour se protéger du soleil alors que le thermomètre frôle les 40 degrés, Nazaré Martins erre dans les rues de Roda, inconsolable.

« On entendait à la radio qu’il y avait 1200 pompiers mobilisés, mais où étaient-ils pour nous sortir de cet enfer ? Personne ici, on aurait tous pu y passer ! » s’insurge-t-elle en pleurs alors qu’une camionnette de la gendarmerie déboule dans la rue principale.

Les incendies qui se sont déclarés samedi soir ont fait une trentaine de blessés, dont un gravement brûlé, selon le dernier bilan de la protection civile.

Opérée à une jambe en 2017, l’ancienne couturière de 71 ans est incapable de courir. Son fils travaillant pendant le week-end à Lisbonne, elle a aussi dû faire face à l’incendie en solitaire.

« Le feu est arrivé en un instant, dit-elle, je n’ai cessé d’arroser le dépôt de bois près de ma maison, car je savais que si les flammes l’atteignaient, j’étais condamnée. »

Au café du village de Cardigos, juste après Rodas, les conversations reviennent toujours aux pertes occasionnées par l’incendie, empreintes d’un sentiment de révolte.

« Vous savez pourquoi les pompiers et les autorités ne viennent pas ici et laissent tout brûler ? Parce qu’ils pensent que les gens ne valent rien ! » s’emporte Joao Correia, éleveur de chèvres de 57 ans.

Plus de 1700 pompiers ont été mobilisés contre les incendies de forêt ce week-end, selon la protection civile, et leurs camions montrent qu’ils sont venus de toutes les régions du Portugal.
 

Demande d’aide à l’Espagne

Le Portugal a demandé lundi l’aide des bombardiers d’eau espagnols pour lutter contre les incendies de forêt qui ont repris dans la soirée, attisés par les vents, dans une région du centre du pays où le feu avait tué plus de cent personnes il y a deux ans.

Lisbonne a demandé de l’aide à l’Espagne voisine, qui va envoyer « deux avions amphibies lourds » attendus en fin de journée, a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. « L’Union européenne est préparée pour renforcer son aide si nécessaire », a annoncé Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission européenne.

L’incendie était « pratiquement circonscrit dans la matinée, mais les conditions atmosphériques n’ont pas permis une consolidation de la situation », a expliqué le premier ministre Antonio Costa à la presse.

Les incendies de forêt, qui avaient pourtant été déclarés « maîtrisés à 90 % » lundi matin, ont été attisés par des vents aux directions changeantes qui ont provoqué des reprises dans des zones difficilement accessibles.

Près de 1300 pompiers et 17 aéronefs, avec 318 véhicules, venus de toutes les régions du Portugal, étaient toujours mobilisés dans la région de Castelo Braco, à 200 km au nord de Lisbonne, pour venir à bout des flammes, selon l’Autorité nationale de la protection civile.