En Ukraine, le parti de Zelensky se dirige vers une majorité absolue

Dès dimanche soir, Volodymyr Zelensky a fixé ses «principales priorités»: la fin de la guerre avec les séparatistes prorusses dans l’Est et la lutte contre la corruption.
Photo: Genya Savilov Agence France-Presse Dès dimanche soir, Volodymyr Zelensky a fixé ses «principales priorités»: la fin de la guerre avec les séparatistes prorusses dans l’Est et la lutte contre la corruption.

Le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a désormais les mains libres pour remplir sa promesse de transformer son pays en profondeur, son parti se dirigeant vers une majorité absolue au Parlement à l’issue des législatives anticipées.

Trois mois après l’élection triomphale de cet ex-comédien novice en politique sur la promesse de « casser le système », sa formation a atteint un score inédit dimanche, provoquant un renouvellement radical du personnel politique en Ukraine.

Son pari de rapidement dissoudre un Parlement hostile pour asseoir son pouvoir semble largement réussi au vu des résultats partiels rendus publics lundi, ce qui devrait lui permettre d’éviter les traditionnelles tractations pour former un gouvernement et de réformer un pays confronté à un conflit armé avec des séparatistes prorusses et à de graves difficultés économiques.

Le parti pro-occidental Serviteur du peuple, ainsi baptisé d’après le nom de la série télévisée dans laquelle M. Zelensky joue le rôle d’un président, a obtenu 42,8 % des voix, selon les résultats fournis par la Commission électorale à l’issue du dépouillement de 80 % des bulletins.

D’après les projections de plusieurs médias ukrainiens, ce score national, combiné à des scrutins locaux, donne au parti présidentiel près de 250 des 450 sièges au Parlement monocaméral.

Ce serait la première fois qu’un parti parviendrait à une telle majorité aux législatives depuis l’indépendance de cette ex-république soviétique aux portes de l’Union européenne. La participation a été cependant historiquement basse, inférieure à 50 %.

Quatre autres partis franchissent le seuil de 5 % des suffrages nécessaire pour entrer au Parlement.

Il s’agit des prorusses de la Plateforme d’opposition (13 %), suivis de trois formations pro-occidentales : Solidarité européenne de l’ex-président Petro Porochenko (8,3 %), Patrie de l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko (8,1 %) et le parti Golos (Voix) qui n’a été fondé qu’en mai par la star du rock ukrainien Sviatoslav Vakartchouk (6,1 %).

Sur les 450 sièges du Parlement, 26 ne seront pas pourvus, en Crimée, une péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie, et dans les territoires séparatistes de l’est.

Les observateurs internationaux de l’Organisation pour la coopération et sécurité en Europe (OSCE) ont estimé lundi que le vote avait été organisé dans le « respect des libertés fondamentales », relevant toutefois la persistance de « mauvaises pratiques » comme « l’achat de voix endémique », des « abus de pouvoir » ainsi qu’une couverture médiatique biaisée pendant la campagne.

Usurpation du pouvoir

Dès dimanche soir, M. Zelensky a fixé ses « principales priorités » : la fin de la guerre avec les séparatistes prorusses dans l’Est, qui a fait près de 13 000 morts en cinq ans, et la lutte contre la corruption.

« Nous ne laisserons pas tomber les Ukrainiens », a-t-il assuré.

La diplomatie russe a dit compter sur la nouvelle majorité pour mettre à profit « la confiance du peuple ukrainien dans des buts pacifiques et pour le bien de la population de tout le pays », avertissant qu’elle jugerait le pouvoir « sur ses actions pratiques ».

Triomphalement élu en avril, M. Zelensky, un expert des réseaux sociaux et auteur de sorties insolites rompant avec le style traditionnel de ses prédécesseurs, a dissous dès son investiture le Parlement, qui lui était très hostile, et convoqué des législatives anticipées. Sans majorité absolue au Parlement, il ne pouvait pas choisir de premier ministre ni entreprendre de réelles réformes.

Sa victoire et celle de son parti reflètent la déception des Ukrainiens vis-à-vis de leurs élites, jugées corrompues et incapables de mettre un terme à la guerre et d’améliorer le niveau de vie dans leur pays vaste comme la France et l’un des plus pauvres en Europe.

Le parti présidentiel et Golos s’affichent en représentants d’une nouvelle génération et sont allés jusqu’à bannir les députés sortants de leurs listes, mettant en avant des candidats novices dont l’âge moyen est de 37 ans.

Grâce à eux, le Parlement sera constitué en grande majorité de nouveaux visages, après avoir été jusqu’à présent dominé par des élites formées du temps de l’URSS.

Face au profil des futurs députés du parti présidentiel — photographe de mariage, chef de tablée, dentiste, etc. — nombre d’observateurs s’inquiètent cependant d’un manque de compétences dans la nouvelle législature.

D’autres mettent en avant l’absence de contre-pouvoir face au président. « Tout le pouvoir concentré dans les mains d’une personne, à mon avis, ce n’est pas bien », a ainsi regretté Katerina Karpoushko, une habitante de Kiev.

« Pour éviter une dérive autoritaire, ce serait mieux de former une coalition parlementaire » avec Golos, a estimé l’analyste politique Volodymyr Fessenko.