Boris Johnson déjà boudé

Le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, a affirmé que, si Boris Johnson arrivait à la tête de l'État, il démissionnerait vite, car pour lui, «l’acceptation d’une sortie sans accord le 31 octobre, [...] ce n’est pas une chose à laquelle je pourrais adhérer».
Photo: Niklas Halle'n Agence France-Presse Le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, a affirmé que, si Boris Johnson arrivait à la tête de l'État, il démissionnerait vite, car pour lui, «l’acceptation d’une sortie sans accord le 31 octobre, [...] ce n’est pas une chose à laquelle je pourrais adhérer».

Favori dans la course à Downing Street, Boris Johnson a eu dimanche un aperçu des difficultés qui l’attendent, avec l’annonce du ministre des Finances, en désaccord avec sa stratégie sur le Brexit, qui menace de démissionner si l’ex-maire de Londres venait à l’emporter.

Acteur majeur de la victoire du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, Boris Johnson n’exclut pas une sortie de l’UE sans accord avec Bruxelles au 31 octobre, date à laquelle doit avoir lieu ce divorce historique, initialement programmé pour le 29 mars. Une stratégie inacceptable pour le ministre des Finances Philip Hammond, un poids lourd de l’exécutif.

« En supposant que Boris Johnson devienne le prochain premier ministre, je comprends que les conditions pour servir dans son gouvernement incluraient l’acceptation d’une sortie sans accord le 31 octobre, et ce n’est pas une chose à laquelle je pourrais adhérer », a-t-il déclaré sur la BBC.

Le chancelier de l’Échiquier a d’ailleurs souligné qu’il démissionnerait avant même qu’on lui demande de faire ses valises ou que ses fonctions s’arrêtent de facto avec la fin du gouvernement de Theresa May.

« Je suis sûr que je ne vais pas être renvoyé parce que je vais démissionner avant qu’on en arrive là », a-t-il dit.

« Il est très important que le premier ministre puisse avoir un chancelier qui soit sur une ligne politique très proche, et j’ai donc l’intention de présenter ma démission à Theresa May avant qu’elle se rende au palais [de Buckingham] pour remettre sa propre démission [à la reine Elizabeth II] », a-t-il expliqué.

Les Britanniques connaîtront mardi le nom du successeur de la première ministre conservatrice Theresa May, une place qui semble promise à Boris Johnson, favori des sondages comme des militants de la base du Parti conservateur.

Autre menace de démission

S’il semblait de toute manière très improbable que Philip Hammond soit maintenu dans ses fonctions en cas de victoire de Boris Johnson, ses déclarations illustrent l’opposition que risque de rencontrer ce dernier, mais aussi la crainte que peut inspirer un « no deal », synonyme de retour des formalités douanières, au Royaume-Uni.

Quitter le bloc européen sans accord constituerait une « humiliation », a estimé le ministre de la Justice, David Gauke, qui a également annoncé dans le Sunday Times qu’il démissionnerait en cas de victoire de Boris Johnson.

Boris Johnson, 55 ans, ancien ministre des Affaires étrangères, est opposé dans cette course au pouvoir à Jeremy Hunt, 52 ans, son successeur à la tête de la diplomatie britannique.

C’est aux 160 000 membres du Parti conservateur qu’il revient de départager les deux hommes. Les votes seront clos lundi avant l’annonce des résultats mardi matin.

Le vainqueur sera désigné chef du Parti conservateur et se rendra mercredi devant la reine Elizabeth II, qui lui confiera la responsabilité de former le gouvernement.

Le futur premier ministre aura alors la lourde tâche de réussir là où Theresa May a échoué : mettre en oeuvre le Brexit dans un pays toujours profondément divisé sur la question trois ans après le référendum de 2016.

En témoignent les dizaines de milliers de personnes qui se sont réunies samedi dans les rues de Londres pour dire « oui à l’Europe ». Et « non à Boris ».

L’intéressé a eu droit à un immense ballon gonflable à son effigie tournant en ridicule sa célèbre tignasse blonde. « [Il] dit n’importe quoi, promet n’importe quoi et fait ce qui lui plaît », a estimé un manifestant, Michael Fowler.