Le ministre français François de Rugy démissionne

Pour sa défense, le ministre de la Transition écologique a rappelé que, par rapport à l’époque de son prédécesseur, les frais de la présidence de l’Assemblée ont diminué.
Photo: Étienne Laurent Associated Press Pour sa défense, le ministre de la Transition écologique a rappelé que, par rapport à l’époque de son prédécesseur, les frais de la présidence de l’Assemblée ont diminué.

Décidément, il ne fait pas bon être ministre de l’Environnement en France. Moins d’un an après la démission fracassante de Nicolas Hulot, le pays vient de perdre à nouveau son ministre de la Transition écologique. Après une semaine d’intense polémique sur des dépenses jugées somptuaires lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, François de Rugy a finalement décidé de jeter l’éponge.

Ce n’est pas de gaîté de coeur que le numéro 2 du gouvernement a annoncé sa démission mardi matin, mais en dénonçant un véritable « lynchage médiatique » et une « volonté de nuire, de salir, de démolir ». La décision a aussitôt été acceptée par Emmanuel Macron afin « qu’il puisse se défendre pleinement et librement », a-t-il déclaré à l’AFP. « Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire », dit François de Rugy qui a aussi porté plainte pour diffamation contre le site d’information Mediapart.

Homard et grands crus

L’« affaire » avait commencé le 10 juillet dernier lorsque Mediapart avait révélé la tenue d’une dizaine de dîners aux frais de l’État, rassemblant des amis et des membres de sa famille, alors que François de Rugy était président de l’Assemblée nationale. Quelques mois après le mouvement des gilets jaunes, plusieurs photos circulent toujours en boucle sur Internet montrant le président et son épouse devant de plantureux homards et quelques grands crus.

Dès le lendemain de ces révélations, Mediapart récidivait en pointant cette fois des dépenses de 63 000 euros (plus de 92 000 $) pour des travaux dans l’appartement du président de l’Assemblée, dont une pièce-penderie de 17 000 euros (près de 25 000 $). Des travaux dont François de Rugy s’est cependant justifié en soulignant qu’ils ont été faits à l’hôtel de Roquelaure, un immeuble du XVIIIe siècle classé, où les coûts de rénovation sont toujours élevés. Pour sa défense, le ministre rappelle aussi que, sous sa gouverne, par rapport à son prédécesseur, les frais de la présidence de l’Assemblée ont diminué.

Comme si cela ne suffisait pas, le ministre est aussi accusé par Mediapart d’avoir conservé un logement social près de Nantes alors qu’il n’était plus sa résidence principale et que ses revenus auraient dépassé le plafond normalement exigé des locataires pour ce type d’appartement. Selon une contre-enquête menée par le journal Ouest France, ces révélations seraient cependant sans fondement. Compte tenu de ses revenus, François de Rugy était parfaitement en droit d’obtenir ce logement en 2016, précise le quotidien. Or, même si ses revenus ont augmenté par la suite, rien dans la loi ne permettait une expulsion. « François de Rugy n’a rien fait d’illégal et […] les révélations de Mediapart, sur cette affaire d’appartement à Orvault, écrit Ouest France, font pschitt… ».

Depuis quelques jours, la situation devenait intenable. Plusieurs membres de la majorité, comme le candidat à la mairie de Paris Benjamin Griveaux et la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avaient « lâché » le ministre. L’ancienne ministre de l’Environnement sous François Hollande, Delphine Batho, avait même ouvertement souhaité son départ.

Comme le candidat malheureux de la droite à la présidentielle de 2017, François Fillon, François de Rugy n’avait pas caché son ambition de moraliser la vie publique française. D’ailleurs, si le premier a été accusé d’avoir rémunéré son épouse avec ses indemnités de parlementaire, le second est aussi accusé par Mediapart de les avoir utilisées pour verser des contributions à son parti, Europe-Écologie-les-Verts, pour un montant total de 9200 euros (environ 13 500$). Une pratique qui à l’époque n’avait rien d’illégal, même si elle a été déconseillée en 2013 avant d’être interdite en 2015.

Un « esprit de guet-apens »

« Nous n’avons aucune indication que des règles aient été transgressées », a déclaré sur BFM-TV la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. « Sa mission à la tête de son ministère devenait difficile à cause du décalage […] entre les efforts demandés par l’exécutif aux Français et l’image renvoyée par ce ministre d’une France qui va bien », a déclaré le leader socialiste Olivier Faure.

« Au-delà de Rugy, se pose quand même la question du tribunal médiatique : on le fait démissionner sur des allégations, des affirmations. C’est la porte ouverte à toutes les dérives ! », estime le député républicain Philippe Gosselin. Le ministre est victime d’un « esprit de guet-apens », renchérit dans les pages du magazine Causeurs le politologue Dominique Reynié. Selon lui, dorénavant, « toute mise en cause, même sans aucun fondement, vaut pour condamnation à une peine perpétuelle. » S’agissant de Mediapart, il estime que « cette presse est tombée dans une forme d’excès de pouvoir, un pouvoir à la fois tyrannique et privé ».

Pour une grande partie de l’opinion, même s’il était établi que François de Rugy n’a rien fait d’illégal, c’est son manque de jugement qui l’aura condamné. Surtout dans un ministère qui demande tant de sacrifices aux Français. Ministre depuis moins d’un an alors même qu’il avait souhaité « quatre années utiles », il n’aura guère lancé de grandes réformes, mais surtout poursuivi les dossiers entamés par son prédécesseur. En vingt ans à peine, le ministère de l’Environnement aura vu défiler une quinzaine de titulaires.