Le Français Vincent Lambert, au centre d’un débat sur les patients en fin de vie, est décédé

François Lambert, le neveu de Vincent Lambert
Photo: François Guillot Agence France-Presse François Lambert, le neveu de Vincent Lambert

Vincent Lambert, qui vivait depuis 11 ans dans un état végétatif et qui a été au centre d’un âpre conflit qui a divisé sa famille et les tribunaux français, en plus de provoquer un questionnement national sur la manière de traiter les patients en phase terminale, est mort jeudi.

L’homme de 42 ans est décédé dans un hôpital neuf jours après que les médecins ont cessé de l’alimenter et de l’hydrater artificiellement.

L’arrêt du traitement est survenu quatre jours après que la Cour de cassation a annulé la décision du tribunal de Paris de recommencer à l’alimenter afin que les Nations unies puissent examiner l’affaire.

Son neveu, François Lambert, a exprimé son soulagement en affirmant que « c’est le rationnel qui prend le dessus ».

« Nous sommes prêts depuis des années », a déclaré le neveu, devenu porte-parole du côté de la famille — qui inclut la femme de Vincent Lambert — qui estimait que ce dernier devait pouvoir mourir.

Les parents de Vincent Lambert, des catholiques traditionalistes, se sont de leur côté battus sans relâche pour garder leur fils en vie. Ils ont fait valoir que leur fils était handicapé et souhaitaient qu’il soit installé dans un établissement spécialisé pour soutenir les personnes handicapées.

Un accident de voiture survenu en 2008 avait laissé Vincent Lambert dans un état végétatif nécessitant une alimentation artificielle pour le maintenir en vie.

L’affaire a attiré l’attention partout en Europe. Le Vatican a rapidement réagi en disant avoir « appris avec tristesse la mort de Vincent Lambert ». Appuyant ceux qui ont essayé de maintenir Vincent Lambert en vie, le communiqué du Vatican cite le pape François, qui avait déjà déclaré au sujet de ce cas, dans le passé, que « nous avons le devoir de toujours protéger [la vie] » et de « ne pas céder à une culture rebelle ».

Les batailles juridiques ont commencé en 2013. Le 28 juin, la Cour de cassation avait autorisé les médecins à reprendre les procédures amorcées en mai afin d’arrêter de nourrir et d’hydrater Vincent Lambert. La Cour de cassation avait annulé une décision précédemment rendue par un tribunal parisien de reprendre les mesures d’aide à la vie après l’appel des parents devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies.

À son insu, l’homme allongé sur un lit d’hôpital est alors devenu l’élément central du débat qui a conduit à la loi française de 2016 sur les patients en phase terminale. La loi autorise les médecins à interrompre les traitements de maintien de la vie, y compris l’hydratation artificielle et la nutrition, et à maintenir la personne sous sédation jusqu’à la mort. Elle ne va pas, cependant, jusqu’à légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté.

« C’est un immense gâchis », a ainsi réagi auprès de l’AFP Me Claire Le Bret-Desaché, avocate des parents au Conseil d’État. Selon elle, cette affaire « a montré les limites de la loi Clays-Léonetti », dont l’application pourrait à terme « accorder aux médecins un droit de vie ou de mort sur des personnes lourdement handicapées ».

Cette loi adoptée en France en 2016 interdit l’euthanasie et le suicide assisté mais autorise l’arrêt des traitements en cas « d’obstination déraisonnable ».

Selon l’avocat de François Lambert, Me Gérard Chemla, « il faut tirer des conséquences au plan juridique » et « être plus courageux dans la façon dont on aborde la fin de vie ».