Diplomatie: Trump dénigre l’ambassadeur britannique à Washington

Kim Darroch en 2017. L’ambassadeur britannique aux États-Unis est la cible des tirs du président américain sur Twitter.
Photo: Alex Wong Agence France-presse / Getty images Kim Darroch en 2017. L’ambassadeur britannique aux États-Unis est la cible des tirs du président américain sur Twitter.

Les soupçons se sont accentués mardi sur l’entourage de Boris Johnson et le mouvement pro-Brexit au Royaume-Uni, qui chercheraient à déstabiliser la campagne de Jeremy Hunt, chef de la diplomatie britannique et opposant à M. Johnson à la succession de Theresa May. La fuite récente de câbles diplomatiques critiquant l’administration Trump embarrasse Londres depuis dimanche et a, à nouveau, attisé la colère du président américain dans une série de tweets dénigrant l’ambassadeur britannique aux États-Unis, Kim Darroch, et Mme May.

« L’ambassadeur loufoque que le Royaume-Uni a imposé aux États-Unis n’est pas quelqu’un qui nous plaît, c’est un type très stupide », a écrit M. Trump mardi matin sur son compte Twitter en le qualifiant d’« idiot prétentieux ». « Il devrait plutôt parler à son pays et à Theresa May de l’échec des négociations du Brexit, plutôt que d’être contrarié par mes critiques sur la gravité de la situation. » La veille, M. Trump avait indiqué qu’il ne voulait plus de relation avec le représentant de Londres à Washington.

Tension

Mardi, M. Hunt a qualifié d’« irrespectueux et injustes envers notre première ministre et mon pays » les commentaires du président. « Vos diplomates donnent leur opinion personnelle [à Mike Pompeo] tout comme les nôtres [le font avec moi] », a-t-il précisé sur Twitter, avant d’ajouter : « Les ambassadeurs sont nommés par le gouvernement britannique et si je deviens premier ministre, notre ambassadeur restera. »

La tension s’est installée dimanche avec la publication par le Mail on Sunday d’une série de mémos confidentiels signés par M. Darroch, ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, et dressant un portrait sans complaisance de l’administration Trump, qualifiée de « dysfonctionnelle », « imprévisible », « maladroite » et « inepte ». Même si elle a dénoncé ces fuites, Theresa May a réitéré son appui à l’ambassadeur, ce qui a visiblement déplu au président américain.

L’ambassadeur loufoque que le Royaume-Uni a imposé aux États-Unis n’est pas quelqu’un qui nous plaît, c’est un type très stupide

« Le scandale entourant les propos de l’ambassadeur n’est pas qu’il ait envoyé à la maison des commentaires et analyses brutes [sur l’administration] », a commenté Peter Ricketts, ex-ambassadeur britannique à Paris, dans les pages du Guardian. « C’est que quelqu’un à l’intérieur du système britannique a délibérément accumulé une partie de ses évaluations confidentielles, puis a choisi le moment offrant le maximum d’impact pour les divulguer. Il ne s’agit pas d’une décision spontanée […]. Il y a eu de la préméditation et donc un agenda caché. »

Lundi, la publication en ligne The Intercept a surligné les inclinaisons pro-Brexit de la journaliste britannique, Isabel Oakeshott, qui a fait passer les câbles de la confidentialité diplomatique garantie par la convention de Vienne à la sphère publique. Elle est proche de Nigel Farage et d’Arron Banks un des plus importants collecteurs de fonds pour le mouvement antieuropéen, résume la publication en ligne.
 

Cible idéologique

Sur les ondes de Channel 4 News, l’ex-chef de cabinet de Tony Blair, Jonathan Powell, a par ailleurs qualifié la fuite de tentative de se débarrasser d’un diplomate critiqué pour son manque de ferveur envers le Brexit. Plusieurs hauts fonctionnaires et représentants non élus du Royaume-Uni seraient actuellement victimes de ces campagnes, a-t-il dit. Au début de la semaine, Mme Oakeshott a d’ailleurs appuyé les propos de Nigel Farage qui dimanche a justifié cette fuite de secret diplomatique par la présence d’un trop grand nombre de fonctionnaires rejetant et dénigrant l’idée du Brexit.

Sur Twitter, le mouvement séparatiste britannique Leave.EU s’est d’ailleurs très rapidement emparé de l’affaire pour réclamer le départ de M. Darroch et même proposer son remplacement par Nigel Farage, adoubé en novembre 2016 par Donald Trump. Dans un tweet, le président fraîchement élu estimait alors que le ténor du Brexit ferait un « travail exceptionnel » comme ambassadeur britannique aux États-Unis.

Dans la course à la chefferie du parti conservateur britannique, Boris Johnson devance Jeremy Hunt, selon les derniers sondages. Il pourrait devenir à la fin du mois le nouveau premier ministre britannique. Nigel Farage est un de ses alliés pour concrétiser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.