La canicule s’installe en Europe

Des gens se raffraîchissaient à Pampelune, dans le nord de l’Espagne, mardi. Pour mercredi, le service officiel de météorologie espagnole a placé en alerte orange (risque important) cinq provinces du nord.
Photo: Alvaro Barrientos Associated Press Des gens se raffraîchissaient à Pampelune, dans le nord de l’Espagne, mardi. Pour mercredi, le service officiel de météorologie espagnole a placé en alerte orange (risque important) cinq provinces du nord.

Une vague de chaleur « remarquablement intense et précoce », symptôme sans équivoque du réchauffement climatique, s’est installée mardi sur l’Europe, avec des records de chaleur attendus d’ici la fin de la semaine.

En France, où il faisait 36 °C dans certaines régions mardi après-midi, les 40 °C pourraient être dépassés dès mercredi, avec une accentuation de la chaleur entre jeudi et vendredi, selon Météo France.

« Les vagues de chaleur sont le marqueur du réchauffement » planétaire, résume Jean Jouzel, ex-vice-président du GIEC [experts sur l’évolution du climat de l’ONU], et « clairement le diagnostic est qu’elles vont devenir plus précoces, plus intenses, plus fréquentes ».

Selon l’Institut climatologique spécialisé de Potsdam (Allemagne), les étés les plus chauds en Europe depuis l’année 1500 ont tous été relevés au cours du XXIe siècle : par ordre décroissant, 2018, 2010, 2003, 2016 et 2002.

En France par exemple, ces 30 dernières années ont vu deux fois plus de vagues de chaleur que la période antérieure, et leur fréquence devrait encore doubler d’ici à 2050, souligne Météo France, l’organisme national de la prévision, qui s’inquiète de cette vague de chaleur « remarquablement intense et précoce », au mois de juin.

Alors que la France garde en mémoire la canicule de 2003 qui avait provoqué une surmortalité de 15 000 personnes, le président Emmanuel Macron a souligné que « tout le gouvernement » était mobilisé. Télévision et radio diffusent des messages de prudence, relayés dans les transports et sur les panneaux d’affichage.

Des membres de l’opposition accusent le gouvernement d'« en faire trop », mais la ministre de la Santé Agnès Buzyn a assumé cette mobilisation. « Pour tous ceux qui savent, évidemment on en fait trop, mais si je peux éviter des morts inutiles, je continue à communiquer sur la prévention », a-t-elle déclaré sur la chaîne de télévision LCI.

« Îlots de chaleur », les grandes villes souffriront particulièrement, pour cause de sols bétonnés, de manque d’arbres et d’activités humaines.

La fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), qui distribue de l’eau dans les rues en France et rend visite aux personnes isolées, appelait mardi la population à veiller sur les personnes les plus vulnérables dans leur entourage.

« Les jours qui viennent vont être éprouvants pour beaucoup de gens, mais plus spécialement pour les personnes âgées, malades ou handicapées, ainsi que pour les jeunes enfants », a rappelé Davron Mukhamadiev, coordinateur santé pour l’Europe à la FICR. « Un coup de téléphone ou de sonnette à la porte d’entrée pourrait sauver des vies ».

En Espagne, il est prévu que les températures puissent atteindre vendredi les 45 °C à Gérone (Catalogne) ou encore les 44ºC samedi et dimanche à Saragosse (Aragon), dans la vallée de l’Ebre (nord-est).

« L’enfer is coming », a averti sur son compte Twitter la présentatrice météo Silvia Laplana, de la chaîne publique espagnole TVE, devant une carte presque entièrement teintée de rouge.

Pour mercredi, le service officiel de météorologie espagnole a placé en alerte orange (risque important) cinq provinces du nord. L’alerte orange sera étendue jeudi à un total de dix provinces.

L’Allemagne se prépare à atteindre mercredi les 39 °C dans le Brandebourg, la région entourant Berlin, où un feu de forêt a déjà ravagé 100 hectares depuis lundi.

« La situation est tendue, mais à ce stade, nous n’envisageons pas de bloquer des routes ou d’évacuer certains habitants », a déclaré un porte-parole de la police.