Le «Trump tchèque» s’accroche au pouvoir

La République tchèque a vu dimanche les plus grandes manifestations qu’elle ait connues depuis 30 ans.
Photo: Michal Cizek Agence France-Presse La République tchèque a vu dimanche les plus grandes manifestations qu’elle ait connues depuis 30 ans.

Le premier ministre tchèque, Andrej Babis, un richissime homme d’affaires passé à la politique, reste au pouvoir en dépit des accusations de fraude aux fonds européens et des plus grandes manifestations antigouvernementales que la République tchèque ait connues depuis 30 ans.

Plus d’un quart de million de personnes se sont rassemblées dimanche à Prague pour demander au milliardaire populiste de démissionner à cause de ses activités commerciales suspectes.

« Il semble que plus vous dépensez de l’argent et plus les gens sont mécontents. C’est une situation bizarre », a-t-il dit en allusion à l’augmentation des dépenses sociales et des retraites intervenue sous son mandat.

Qualifié de « version tchèque de Trump » par le magazine Forbes, cet entrepreneur de 64 ans aux cheveux courts poivre et sel, magnat de l’agroalimentaire, de la chimie et des médias, est la deuxième fortune du pays.

Entré en politique en 2011 avec son mouvement ANO (« oui »), il réussit une percée grâce à ses promesses d’une politique plus « propre » dans cet État membre de l’Union européenne de 10,6 millions d’habitants, rongé par la corruption.

Il exerce les fonctions de ministre des Finances de 2014 à 2017, un poste qu’il doit quitter à la suite d’une fuite d’enregistrements indiquant qu’il avait influencé des journalistes travaillant pour les journaux qu’il contrôle.

M. Babis a été inculpé l’an dernier pour le détournement de 2 millions d’euros de fonds européens.

Et selon deux audits commandés par la Commission européenne, qui lui réclame le remboursement de 17,4 millions d’euros de subventions indûment perçues, selon la presse, il serait en situation de conflit d’intérêts en raison de sa double casquette d’homme politique et d’entrepreneur.

Il rejette ces accusations, tout comme celles d’avoir collaboré avec la police secrète communiste dans les années 1980.

L’an dernier, il s’est exclamé devant les journalistes : « Je ne me retirerai jamais, jamais. Que tout le monde s’en souvienne ! »

En dépit de multiples attaques, le soutien à l’ANO oscille toujours autour de 30 %.

Avec des promesses de lutter contre la corruption et de gérer l’État « comme une entreprise familiale », l’ANO a obtenu un score de 29,6 % aux élections de 2017, ce qui lui a permis de former une coalition minoritaire avec les sociaux-démocrates de gauche.

Mais M. Babis a dû oeuvrer pendant un an avant de réussir à former une coalition viable, s’appuyant finalement sur le soutien informel du Parti communiste.

Pro-européen mais opposé à l’adoption de l’euro par la République tchèque, il a fait fortune en tant que fondateur et propriétaire du groupe tentaculaire Agrofert, qui opère dans l’alimentation, la chimie et les médias.

Ex-communiste qui aime distribuer des beignets à ses partisans, Andrej Babis a accumulé, selon Forbes, une fortune de 3,1 milliards d’euros (3,5 milliards $US), dépassant celle de Donald Trump (3,1 milliards $US).

Né le 2 septembre 1954 à Bratislava, le jeune Andrej fréquente l’école primaire à Paris et secondaire à Genève, grâce à son père, un « cofondateur du commerce extérieur slovaque » selon lui.

« Je faisais de petits boulots depuis l’âge de 15 ans, je distribuais du lait, je déchargeais des colis, je travaillais sur des chantiers », se souvient-il.

Diplômé d’économie, il se lance lui aussi dans le commerce extérieur et franchit régulièrement le rideau de fer avant la chute du régime totalitaire en 1989.

Représentant commercial de la Tchécoslovaquie au Maroc de 1985 à 1991, il regagne son pays, divisé en 1993 en deux États indépendants, et commence à bâtir son groupe Agrofert. Avant d’être attiré par la politique.

« Je suis un homme riche. J’ai réalisé presque tous mes rêves. J’ai gagné beaucoup d’argent grâce à un travail honnête », affirme ce père de quatre enfants, dont deux avec sa deuxième épouse, Monika, de 20 ans sa cadette.

Ancien joueur de tennis et de volleyball, M. Babis a aussi deux autres enfants avec son ex-épouse, dont Andrej fils, qui a fait la une des journaux l’année dernière, son père ayant été soupçonné de l’avoir envoyé contre son gré en Crimée afin d’entraver les enquêtes sur la fraude aux fonds européens.