Le gouvernement français lance une réforme de l’assurance-chômage

La réforme vise en particulier à retirer jusqu’à 250 000 personnes de la liste des chômeurs indemnisés, ce qui représenterait une économie de 3,4 milliards d’euros d’ici à fin 2021, a expliqué le premier ministre Edouard Philippe.
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse La réforme vise en particulier à retirer jusqu’à 250 000 personnes de la liste des chômeurs indemnisés, ce qui représenterait une économie de 3,4 milliards d’euros d’ici à fin 2021, a expliqué le premier ministre Edouard Philippe.

Le gouvernement français a présenté mardi une vaste réforme de l’assurance-chômage durcissant notamment les règles d’indemnisation, dans le but affiché de réduire un nombre de sans-emploi qui reste nettement au-dessus de la moyenne européenne.

La réforme, qui fait partie de la grande « transformation » du pays voulue par le président Emmanuel Macron, vise en particulier à retirer jusqu’à 250 000 personnes de la liste des chômeurs indemnisés, ce qui représenterait une économie de 3,4 milliards d’euros (plus de 5,1 milliards de dollars canadiens) d’ici à fin 2021, a expliqué le premier ministre Edouard Philippe.

L’objectif officiel est de faire reculer à environ 7 % en 2022 un taux de chômage qui reste au-dessus de la moyenne, avec 8,7 % en France contre 7,6 % dans la zone euro. Le gouvernement cherche aussi à désendetter l’organisme qui gère les chômeurs, plombé par 35 milliards d’euros de dette (envirom 52,6 milliards de dollars canadiens).

À partir du 1er novembre, il faudra ainsi avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois au lieu de quatre mois sur 28 pour accéder à l’assurance-chômage.

Quant aux demandeurs d’emploi qui avaient un revenu de travail supérieur à 4 500 euros (environ 6 750 dollars) bruts par mois, ils verront leur indemnisation réduite de 30 % à partir du septième mois, une mesure qui ne s’appliquera pas aux plus de 57 ans.

Au grand dam du patronat, un système de bonus-malus sur les contrats courts va par ailleurs être mis en oeuvre le 1er janvier 2020 dans sept secteurs de l’économie, dont l’hébergement et la restauration ou encore l’agroalimentaire, mais pas dans le bâtiment et la santé, pourtant gros utilisateurs de contrats à durée déterminée.

Syndicats et patronat mécontents

Ces mesures ont été immédiatement fustigées par les partenaires sociaux, tenus à l’écart des arbitrages.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT (syndicat réputé modéré), les a qualifiées de « profondément injustes » et « extrêmement dures » pour les personnes précaires qui alternent des périodes d’emploi et de chômage. La réforme, par ailleurs, ne « responsabilise qu’en partie » les entreprises « qui usent et abusent de la précarité », selon lui.

Pour la CGT, un autre syndicat plus contestataire, Catherine Perret a jugé la réforme à la fois « inique » et « inefficace ». « Il y a un chômeur sur deux qui est indemnisé. Avec la réforme du gouvernement, c’est un sur trois », a-t-elle calculé, promettant : « Les mobilisations vont se poursuivre ».

Côté entrepreneurs, c’est le bonus-malus sur les contrats courts qui fait grincer des dents. Le patron du Medef, une organisation patronale, Geoffroy Roux de Bézieux, a regretté une mesure « inefficace qui découragera l’emploi » et traduit « une vision punitive » de l’économie. Pour son homologue de la Confédération des petites et moyennes entreprises, François Asselin, « un employeur va réfléchir à deux fois » avant d’embaucher.