La droite française en état de choc

Le président du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, a démissionné la semaine dernière.
Photo: Jean-Pierre Clatot Agence France-Presse Le président du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, a démissionné la semaine dernière.

« À droite, il faut une nouvelle direction, dans tous les sens du terme. Je suis inquiète, on va tous se retrouver dans une rame de métro. » L’ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, ne croyait pas si bien dire. Deux ans plus tard, ces propos cités dans le dernier livre des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme sur la droite française (La haine, Fayard) sonnent comme une prophétie. Il faudrait certes plusieurs rames de métro pour contenir les membres des Républicains (LR), mais cela n’empêche pas le parti, héritier théorique du gaullisme, d’être en miettes. Au point que sa survie semble aujourd’hui en jeu.

Depuis l’élection européenne, où Les Républicains ont atteint un plancher historique (8,48 %), le parti est en état de choc. Le constat est accablant. Après avoir été dépouillé depuis longtemps de son électorat populaire par le Rassemblement national (RN), voilà que LR perd son électorat des « beaux quartiers » au profit d’Emmanuel Macron, et 54 % des Français estiment d’ailleurs que le parti risque de disparaître du paysage politique. Cette opinion est même partagée par 37 % des sympathisants LR, selon un sondage réalisé pour Le Figaro et France Info.

Et pour cause. La semaine qui s’achève avait commencé par la démission en direct sur TF1 de son président, Laurent Wauquiez. « À échec exceptionnel, mesure exceptionnelle, sinon nous disparaîtrons », tranche l’ancien bras droit de François Fillon, Bruno Retailleau. Elle s’était poursuivie mercredi par la démission de la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. « J’ai acquis la conviction que la refondation de la droite ne pourra pas se faire à l’intérieur et qu’elle doit se faire à l’extérieur du parti », dit-elle. Selon la présidente de région, « le parti est cadenassé de l’intérieur, dans son organisation, mais aussi dans ses idées ».

Sauve-qui-peut chez les maires

Cette réaction illustre la scission de plus en plus profonde qui écartèle le parti. D’un côté, les élus Républicains plutôt portés vers le centre aujourd’hui occupé par Emmanuel Macron. De l’autre, les militants qui, chaque fois qu’on leur donne la parole, estiment que le parti ne survivra pas s’il ne récupère pas la frange populaire de son électorat depuis longtemps parti au Rassemblement national. Entre les deux, la rupture serait-elle irrémédiable ?

Chose certaine, à dix mois des élections municipales, on peut compter sur les lieutenants du président Emmanuel Macron pour l’accentuer. « Un maire qui sera réélu sans l’apport de La République en marche [LREM] et du Modem sera un ennemi du président », a tranché sur Europe 1 l’eurodéputé Gilles Boyer (avant de s’excuser). Le message est pourtant clair.

À échec exceptionnel, mesure exceptionnelle, sinon nous disparaîtrons

Chez les nombreux maires de droite, c’est le sauve-qui-peut. Nombre d’entre eux font leurs comptes et comprennent que, compte tenu du mode de scrutin qui permet à un candidat qui a obtenu 10 % des voix au premier tour de se maintenir au second, ils ne pourront pas être réélus s’ils ont devant eux un candidat de la majorité présidentielle. C’est d’ailleurs aussi le cas de Valérie Pécresse, qui l’avait emporté de peu en 2015 et pourrait faire face à une réélection très difficile en 2021.

Le premier à se rallier a été le maire de Quimper, Ludovic Jolivet. Plusieurs élus lui ont emboîté le pas, surtout dans les Hauts-de-Seine, un bastion traditionnel de la droite aujourd’hui dominé par LREM. Selon France Info, LR court même le risque d’une scission de son groupe à l’Assemblée nationale. Une vingtaine de députés songeraient en effet à créer un nouveau groupe et 72 maires LR s’apprêtent à signer cette semaine une tribune en soutien à Emmanuel Macron.

Si le combat des municipales semble aussi crucial pour sauver les meubles à droite, c’est aussi qu’il pourrait avoir un effet majeur sur la composition du Sénat, aujourd’hui dominé par la droite. Ce dernier n’étant pas élu au suffrage universel, mais par un corps électoral dominé par les maires.

Quel programme ?

Pour Valérie Pécresse, le constat est simple : la droite doit récupérer « les deux bouts » qui n’ont pas voté pour elle. N’est-ce pas pourtant ce jeu d’équilibriste, réussi en leur temps par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, qui semble aujourd’hui devenu impossible ? « Aujourd’hui, le roi est nu », déclare au magazine Marianne l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy Henri Guaino, pour qui l’UMP a toujours été « un cartel électoral rempli de contradictions ».

Chez ces lointains héritiers du gaullisme, plusieurs rêvent toujours d’un homme providentiel. De nombreux électeurs évoquent le nom de Nicolas Sarkozy, qui plane à 80 % d’opinions favorables dans les sondages. Mais, n’est-ce pas à cet exercice que l’ancien président avait lamentablement échoué lors des primaires des Républicains en 2016 ?

Entre LREM et le RN, l’espace laissé libre semble aujourd’hui se réduire au chas d’une aiguille. D’autant plus qu’au Rassemblement national la tendance est justement au « rassemblement ». Si le RN ne dirige aujourd’hui qu’une dizaine de villes, cette main tendue pourrait tenter plusieurs élus municipaux. Le parti veut d’ailleurs concentrer ses forces sur les villes moyennes et tenter de nouer le plus d’alliances possible quitte à se fondre dans une grande liste de droite, comme il a décidé de le faire à Paris.

« Je pense que le parti des Républicains est menacé de disparition, a déclaré vendredi Marine Le Pen sur BFMTV. […] Un parti disparaît quand il ne pèse plus dans le paysage politique, et c’est le cas de LR pour une raison simple, c’est qu’ils n’ont pas de ligne politique. […] Ce n’est plus un parti politique, car il ne porte pas de projet. »

Même si, en France, les morts ne sont jamais subites, il n’est pas exclu que l’histoire lui donne raison.