La querelle entre Trump et Sadiq Khan se poursuit

Le président américain, Donald Trump, et Élisabeth II trinquant lors du banquet que la reine a donné lundi soir
Photo: Dominic Lipinski Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, et Élisabeth II trinquant lors du banquet que la reine a donné lundi soir

« Sachez que vos valeurs et ce pour quoi vous vous battez sont à l’opposé des valeurs de Londres et de ce pays. Nous pensons que la diversité n’est pas une faiblesse mais une force. Nous respectons les femmes. Et nous pensons qu’elles sont les égales de l’homme. »

Dans une vidéo diffusée sur son compte Twitter, le maire de Londres, Sadiq Khan, a servi une salve de critiques à Donald Trump pour « saluer » le début de la visite officielle du président américain au Royaume-Uni, lundi. Plus tôt dans la journée, le premier édile de la capitale britannique avait été la cible de M. Trump qui, dans un tweet envoyé depuis l’avion présidentiel avant son atterrissage à Londres, l’a qualifié de « gros loser qui devrait se concentrer sur la lutte contre le crime à Londres » plutôt que de condamner, comme il l’a fait dimanche dans les pages de l’Observer, la venue en Grande-Bretagne du milliardaire américain. « Le président Trump est l’exemple le plus détestable d’une menace mondiale grandissante », a écrit M. Khan en comparant Trump aux « fascistes du XXe siècle ».

En ligne, lundi, le maire travailliste de Londres, premier politicien de confession musulmane élu à la tête d’une grande métropole occidentale, en a rajouté en dénonçant le recul du droit des femmes aux États-Unis nourri par plusieurs États conservateurs, dont la Louisiane, le Missouri et l’Alabama, qui viennent d’adopter en choeur des lois compliquant l’accès à l’avortement. La démarche est appuyée par M. Trump.

« Nous pensons [comme Britanniques] qu’il faut protéger les droits de tous, particulièrement des plus vulnérables et des exclus, a dit M. Khan dans son message vidéo. Comme président américain, vous avez un rôle de leader important à jouer. Or, ce que nous voyons aux États-Unis depuis quelques années, c’est la destruction des acquis des décennies précédentes, alors qu’il est important de continuer d’aller de l’avant. »

Invitation déclinée

M. Khan a par ailleurs rejeté du revers de la main une invitation au banquet donné par la reine d’Angleterre en l’honneur de Donald Trump, lundi soir, un événement déserté également par le chef de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, le président de la Chambre, John Bercow, ainsi que le chef des libéraux démocrates, Vince Cable, qui, dans les pages du Financial Times, a exprimé son malaise face à cette visite. « Trump n’est pas le premier ni le dernier personnage désagréable à savourer une visite officielle, mais il est parmi les plus dangereux », a-t-il écrit, qualifiant d’« abominable » l’attitude du président face aux femmes et aux étrangers. « Son protectionnisme radical a placé le monde au bord d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et expose le Royaume-Uni et son Brexit dans ce feu croisé. » M. Cable est pour un arrêt des procédures de divorce entre Londres et Bruxelles. « Il n’y a pas assez de protocole, de faste cérémoniel et de tenue de gala pour faire oublier que Trump est un risque pour le monde et pour le Royaume-Uni. »

Malgré ces voix critiques, le président américain s’est dit « enchanté » lundi par le début de sa visite officielle, qui a commencé par une rencontre avec la reine Elizabeth II à Buckingham Palace, puis une visite de l’abbaye de Westminster. M. Trump a également pris le thé à Clarence House, en compagnie du prince Charles, héritier du trône britannique.

Fond de Brexit

Le début de la visite officielle de Donald Trump avait lieu le même jour que le lancement de la campagne de Boris Johnson, conservateur populiste, pour remplacer Theresa May, première ministre démissionnaire, que le président ne devrait pas rencontrer lors de ce voyage. M. Trump a fortement critiqué la gestion du Brexit par Mme May. Trump devrait toutefois trouver du temps pour rencontrer M. Johnson, ainsi que Nigel Farage, autre figure du populisme européen, dont le Brexit Party a séduit l’électorat lors des dernières législatives européennes. L’occupant de la Maison-Blanche ne manque jamais une occasion de louanger les deux politiciens.

Donald Trump a indiqué que les discussions avaient commencé entre les États-Unis et le Royaume-Uni pour établir un nouvel accord commercial entre les deux pays après le Brexit. Il s’est réjoui de la relation forte avec la Grande-Bretagne et de sa rencontre avec des foules « qui aiment notre pays ».

« Je n’ai pas encore vu de contestataires, a-t-il écrit sur Twitter lundi dans l’après-midi. Mais je suis sûr que les fake news [les médias non complaisants à son endroit, donc mensongers, selon lui] vont travailler fort pour en trouver. »