Pressé d’agir sur le climat, Berlin reporte ses décisions

La chancelière conservatrice Angela Merkel
Photo: Markus Schreiber Associated Press La chancelière conservatrice Angela Merkel

Sous pression après le score élevé des verts aux élections européennes, le gouvernement d’Angela Merkel a reporté mercredi au mois de septembre les décisions sur sa loi climatique, faute d’avoir surmonté les divergences entre conservateurs et sociaux-démocrates. Berlin fixera après l’été les mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, le bâtiment, l’agriculture, l’industrie et les transports, pour une adoption en conseil des ministres « avant la fin de l’année », selon le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert.

Dès « juillet », le gouvernement planchera sur les différents systèmes destinés à « donner un prix au CO2 », a précisé M. Seibert, pour inciter ménages, entreprises et administrations à réduire leurs émissions.

Cette formule prudente évite de trancher sur une question âprement débattue depuis des mois : faut-il une « taxe carbone » touchant aussi bien le carburant que les dépenses de chauffage, au risque de faire éclore dans les rues allemandes un mouvement inspiré des gilets jaunes français ? La ministre de l’Environnement Svenja Schulze y est favorable, mais se heurte à une partie de son camp social-démocrate et à la majorité des conservateurs. La droite prône de son côté une extension du marché européen du carbone, limité pour l’heure à l’énergie et à l’industrie lourde, mais il faut l’accord des autres États membres de l’UE.

« La grande majorité des experts […] jugent une taxe sur le CO2 indispensable. Vous devrez avoir de très très bonnes raisons pour la refuser. Trop compliqué, trop cher ou “on n’ose pas”, ça ne suffit pas », gazouillait mercredi Luisa Neubauer, la chef de file du mouvement Fridays for Future, après des mois de mobilisation de la jeunesse allemande pour réclamer une politique climatique plus vigoureuse.

Quelque 46 % des électeurs allemands ont fait de ce thème le premier déterminant de leur vote au scrutin européen de dimanche, un bond de 26 points par rapport aux élections européennes de 2014. Et les verts, avec plus de 20 % des voix, sont devenus la deuxième force politique en Allemagne. Le chantier le plus important concerne l’énergie : après la sortie du nucléaire d’ici à 2022, il faut s’atteler à l’abandon du charbon avant 2038, à un moment où les bassins miniers sont déjà désindustrialisés et tentés par l’extrême droite.