Salvini renforce son emprise sur l’Italie

Lundi matin, M. Salvini a martelé qu’il n’entendait pas remettre en cause le gouvernement de Giuseppe Conte ni le «contrat de gouvernement» signé l’an dernier.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Lundi matin, M. Salvini a martelé qu’il n’entendait pas remettre en cause le gouvernement de Giuseppe Conte ni le «contrat de gouvernement» signé l’an dernier.

L’homme fort de la politique italienne, Matteo Salvini, a encore renforcé son emprise sur le gouvernement populiste au pouvoir à Rome, après les élections européennes où la Ligue a dépassé les 34 % tandis que son allié le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) est tombé à 17 %, selon des résultats quasi-définitifs.

Après le dépouillement de plus de 99,9 % des bulletins, la Ligue obtient 34,3 % des voix, alors qu’elle avait à peine dépassé les 6 % aux européennes de 2014 et atteint 17 % aux législatives de mars 2018.

C’est un triomphe pour M. Salvini, qui avait repris en 2013 cet ancien parti sécessionniste du Nord, alors en perdition, pour en faire une formation nationaliste désormais en plein essor, même dans le Sud.

Surtout, il a complètement renversé le rapport de force avec le M5S, grand perdant du scrutin avec 17 % des voix, très loin de ses 32,5 % de mars 2018.

« C’est un peu comme une secousse, et quand ils iront en Europe, ils se feront entendre un peu, pas comme ceux d’avant qui ont tout donné à l’Europe en laissant l’Italie derrière », a déclaré à l’AFPTV Leone Di Vincenzo, un électeur de 71 ans.

Lundi matin devant la presse, M. Salvini a martelé qu’il n’entendait pas remettre en cause le gouvernement de Giuseppe Conte ni le « contrat de gouvernement » signé l’an dernier. Mais « nous voulons simplement mettre les priorités ».

« Nous dirons non »

Il a cité les promesses phares de la Ligue jusqu’à présent freinées par le M5S : réduction des impôts, autonomie réclamée par les riches régions du nord, ligne ferroviaire Lyon-Turin…

Il ne s’est pas attardé sur les possibles alliances de la Ligue au Parlement européen, où le grand groupe souverainiste qu’il visait semble impossible à réunir.

Mais il a prévenu que l’éventualité d’une procédure d’infraction contre l’Italie en raison de son déficit budgétaire ne l’émouvait pas : « Si la lettre de la Commission dit comme toujours « coupez, coupez, coupez » [dans les budgets], nous dirons non ».

Et il a relevé les excellents scores de la Ligue sur l’île italienne de Lampedusa (45 %) qui voit encore débarquer des migrants, ou dans le village calabrais de Riace (30 %), ancien modèle d’accueil.

« Cela montre que la demande d’une immigration limitée, contrôlée, n’est pas seulement un caprice de Salvini. Les Italiens le demandent et c’est l’une des premières batailles que nous allons gagner dans la nouvelle Europe », a relevé le chantre des « ports fermés ».

Luigi Di Maio, le chef de file du M5S, doit s’exprimer en début d’après-midi et a convoqué les députés et sénateurs M5S dans la soirée.

Pour Giovanni Orsina, politologue à l’université Luiss de Rome, il est possible que le M5S refuse de rester un satellite de la Ligue et rompe l’alliance.

« Ombres noires »

« La possibilité d’aller aux élections à l’automne est supérieure à 50 %, à moins qu’il y ait un alignement très marqué du M5S sur le leadership salvinien, ce qui pour eux est difficile », a-t-il ajouté, prédisant « une semaine de tractations frénétiques ».

Le bon résultat de l’autre parti d’extrême droite italien, Fratelli d’Italia (FdI, frères d’Italie), qui a obtenu environ 6,4 % des voix, pourrait inciter M. Salvini à chercher ses alliés ailleurs. « Ombres noires », titrait d’ailleurs lundi la Repubblica, journal de centre gauche inquiet de voir l’extrême droite à plus de 40 % en Italie.

En mars 2018, la Ligue s’était présentée aux côtés de FdI et de Silvio Berlusconi, redescendu dans l’arène malgré de sérieux ennuis de santé pour tenter d’enrayer la chute de son parti Forza Italia (FI, droite), qui n’a pas fait mieux que 8,8 %.

Le vieux milliardaire retrouve à 82 ans un siège de parlementaire à Strasbourg, six ans après avoir été exclu du Sénat italien.

La coalition de droite / extrême droite n’a pas de majorité au Parlement mais dirige nombre de régions et communes et est donnée gagnante des régionales organisées dimanche dans le Piémont (nord-ouest).

En face, le Parti démocrate (PD, centre gauche), tombé à 18 % des voix en 2018, amorce une remontée en atteignant 22,7 % des voix. En revanche, la poussée écologiste enregistrée dans nombre de pays d’Europe n’atteint pas l’Italie : les Verts récoltent à peine 2,3 % des voix.