Une Europe plus populiste… et plus verte

En Allemagne, malgré une forte poussée des verts, l’Union chrétienne-démocrate termine à la tête des élections, avec 29% des voix.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse En Allemagne, malgré une forte poussée des verts, l’Union chrétienne-démocrate termine à la tête des élections, avec 29% des voix.

Alors que les partis traditionnels poursuivent leur lente descente aux enfers, ce sont les forces populistes et eurosceptiques, mais aussi les écologistes, qui ont marqué le scrutin européen qui s’est tenu dimanche. Les 420 millions d’électeurs des 28 pays membres de l’Union européenne qui sont allés aux urnes depuis trois jours pour élire le Parlement de Strasbourg ont confirmé l’effritement des forces traditionnelles de droite et de gauche, qui régressent dans la plupart des pays. Dans de nombreux pays, comme la France, l’Italie, la Hongrie, le Royaume-Uni et même l’Allemagne, les forces nationalistes ont confirmé leur progression.

En France, Marine Le Pen a remporté son match revanche sur Emmanuel Macron et arrive en tête avec 23,7 % des voix contre 22,4 % pour le groupe du président de la République. Même si l’écart est faible, le Rassemblement national et sa jeune recrue Jordan Bardella font mordre la poussière au président, qui s’était fait un point d’honneur d’arriver en tête de cette élection après six mois de manifestations des gilets jaunes. Le résultat est d’autant plus significatif que la participation au scrutin atteint 52 %, un record depuis 30 ans.

Pour la présidente du Rassemblement national, cette élection confirme, « plus largement, l’effacement des vieux partis et […] le nouveau clivage nationo-mondialiste qui domine maintenant notre vie politique et qui se met en place de manière durable ». Appelant le président à « mettre de côté son orgueil », Marine Le Pen a réclamé des élections législatives. « Compte tenu du désaveu démocratique que le pouvoir subit ce soir, […] il n’a d’autre choix selon moi et au minimum que de dissoudre l’Assemblée nationale. »

Une proposition aussitôt rejetée du revers de la main par la présidence. À l’Élysée, on se félicitait plutôt du « score honorable » de la liste menée par Nathalie Loiseau et l’on écartait même l’éventualité d’un remaniement ministériel. Seul le premier ministre, Édouard Philippe, a dit accueillir ce résultat « avec humilité ». Pour le député RN transfuge des Républicains Thierry Mariani, cette élection confirme le retour du parti de Marine Le Pen, donné pour mort il y a deux ans, et sa consécration comme première force d’opposition en France.

Le sursaut écologiste

Cette progression des groupes nationalistes et eurosceptiques s’accompagne dans plusieurs pays d’un sursaut des partis verts. En France, Europe-Écologie-Les Verts, dirigé par Yannick Jadot, arrive en troisième position avec 13,2 % des voix. Un succès qui rappelle celui de Daniel Cohn-Bendit en 2009 (15 %). En Allemagne, les verts ont aussi doublé leur score. En Belgique, alors que le parti d’extrême droite Vlaams Belang progresse de dix points, les verts sont aussi en hausse.

« Les Français nous ont envoyé un signal très clair, a déclaré Yannick Jadot. Ils veulent que l’écologie soit au coeur de notre vie, au coeur du jeu politique. Ce message est lancé dans toute l’Europe. » En Allemagne, les verts, qui atteignent 20 % des voix, infligent une défaite humiliante aux sociaux-démocrates du SPD, qui n’atteignent que 15 %, ce qui confirme l’effritement du parti. Pour la première fois, ils lui ravissent le titre de seconde force politique du pays et s’imposent comme une formation qui, déjà au gouvernement dans plusieurs länder, pourrait demain participer à un gouvernement de coalition à Berlin.

 

En France aussi, ce sont les verts qui semblent avoir bénéficié le plus de la crise que traverse la gauche. Après avoir eu peur d’être éliminé de la course en ne franchissant pas la barre des 5 %, le Parti socialiste, dont la liste (PS-Place publique) était dirigée par Raphaël Glucksmann, atteint 6,3 %. Un résultat presque identique à celui de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui subit lui aussi un cuisant échec. À gauche, seuls le Portugal et l’Espagne semblent faire exception, avec António Costa et Pedro Sánchez qui décrochent environ 30 % des voix.

Pour le reste, les eurosceptiques devraient former au moins 25 % du nouveau Parlement. Le leader d’extrême droite et ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, arrive largement en tête, dix points devant le Mouvement 5 étoiles, son partenaire dans la coalition gouvernementale. En Hongrie, le parti souverainiste du premier ministre Viktor Orbán est crédité d’une large victoire avec plus de 50 % des voix. Même victoire en Pologne pour les souverainistes de Droit et justice qui, avec 42 % des voix, distancent la Coalition européenne (39 %). Les députés britanniques pourraient ne pas siéger longtemps à Strasbourg en attendant le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, mais c’est le Brexit Party de Nigel Farage qui arrive en tête avec 31,6 %. Reste à savoir si toutes ces forces jusque-là actives dans des partis différents pourront s’unir pour peser sur le futur Parlement.

Une majorité incertaine

À l’échelle européenne, ces élections sont un coup de semonce pour les deux grands partis qui gouvernent l’Union européenne depuis des années. Conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (S-D) ont enregistré de lourdes pertes et perdu la majorité absolue qu’ils détenaient ensemble au sein de l’hémicycle depuis 1979.

Il leur faudra donc former une nouvelle coalition. Dès lundi matin, les négociations vont s’engager. Le groupe centriste (ADLE) auquel est associé le parti d’Emmanuel Macron compte jouer un rôle pivot dans ces négociations et pourrait à terme devenir le troisième partenaire de la « grosse coalition » à l’allemande qui dirige l’Europe. Les verts, qui sortent renforcés de cette élection, comptent aussi peser dans la balance. On pourrait donc assister à la constitution d’une coalition à trois ou même à quatre.

Plus fondamentalement, même si les conservateurs du PPE demeurent la principale force européenne, ils risquent de perdre une partie de leur influence à Strasbourg. Réussiront-ils pour autant à imposer leur candidat, Manfred Weber, à la présidence de la Commission européenne ? Pour Emmanuel Macron, il n’en est pas question. La négociation risque d’être féroce. 

Quelques leçons des européennes

À l’issue des scrutins, aucune des grandes formations pro-européennes ne peut revendiquer une victoire. « Plusieurs gagnants peuvent prétendre à une influence dans la décision du président et des programmes de la Commission. Ce qui pousse plus que jamais à un contrat de coalition entre [les] quatre forces politiques [NDLR : PPE, SD, Alde et les verts], chacune pouvant revendiquer une part de la victoire », souligne Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques-Delors.

Les forces populistes et eurosceptiques sortent renforcées du scrutin. Cependant, elles n’atteignent pas toujours les prévisions les plus élevées, notamment en Italie et en Finlande. Et surtout, leurs divisions profondes risquent d’entraver leur capacité à former une coalition homogène dans le nouvel hémicycle, estiment les analystes. « Ils ont trop de divergences de vues sur des questions d’intérêt vital, notamment, comme leur relation [avec] la Russie », remarque François Heisbourg, conseiller de l’International Institute for Strategic Studies, à Londres.

Pour les verts, la mobilisation autour de la Suédoise de 16 ans Greta Thunberg, qui a rassemblé des centaines de milliers de jeunes Européens dans les rues ces derniers mois, a visiblement payé. « Les verts, qui forment traditionnellement un groupe homogène et cohérent au Parlement européen, vont sans doute rester entre eux », forts de 67 sièges, avance Manuel Lafont-Rapnouil, Directeur du bureau parisien du Conseil européen des relations internationales, sans exclure de possibles « transfuges » issus des rangs sociaux-démocrates, affaiblis.

Agence France-Presse

Les Français du Québec appuient Emmanuel Macron et les verts

Les Français vivant dans la Belle Province ont choisi de donner leur appui au parti de l’actuel président, Emmanuel Macron, et aux écologistes, lors des élections européennes tenues dimanche. Selon les chiffres divulgués sur le site Web du Consulat général de France à Montréal, le parti Europe Écologie-Les Verts est arrivé en tête dans la métropole, avec 29,7 % des voix, tandis que la liste Renaissance, soutenue par La République en marche, le MoDem et ses partenaires, suit tout juste derrière avec 27,9 %. Dans la région de la Capitale-Nationale, le parti d’Emmanuel Macron est arrivé au sommet des résultats, avec 26,4 % des voix exprimées, suivi d’Europe Écologie-Les Verts, avec 25,6 %, selon les chiffres du Consulat général de France à Québec, qui a également divulgué que le Rassemblement national de Marine Le Pen avait récolté 10,1 % des suffrages exprimés. Le Devoir