Le Parlement espagnol suspend quatre députés catalans élus en prison

Des milliers de personnes ont manifesté contre le procès des anciens dirigeants séparatistes catalans à Barcelone en février dernier. 
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Des milliers de personnes ont manifesté contre le procès des anciens dirigeants séparatistes catalans à Barcelone en février dernier. 

La Chambre basse du Parlement espagnol a suspendu vendredi quatre députés indépendantistes catalans jugés pour la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 et qui avaient été élus depuis leur prison aux législatives d’avril.

« Le Bureau de la Chambre des députés déclare automatiquement suspendus de l’exercice de leur mandat » Oriol Junqueras, Jordi Turull, Josep Rull et Jordi Sanchez, a annoncé la présidente socialiste de la Chambre, Meritxell Batet, après avoir consulté les juristes de l’institution.

Elle a précisé ensuite leur avoir demandé un nouveau rapport sur le seuil de majorité.

Car cette suspension pourrait avoir de lourdes conséquences politiques pour le chef du gouvernement socialiste sortant, Pedro Sanchez, vainqueur des élections de fin avril mais sans majorité absolue.

Si le nombre de députés en fonction est réduit et le seuil de majorité absolue abaissé suite à cette suspension, la reconduction au pouvoir de M. Sanchez lors d’un vote d’investiture prévu a priori début juillet serait facilité, car il n’aurait pas besoin de l’appui ou de l’abstention des séparatistes catalans.

En revanche, si les députés suspendus peuvent céder leur siège à leur suppléant, M. Sanchez aura de nouveau besoin de leur concours pour être investi.

Les quatre députés sont accusés de rébellion pour avoir organisé un référendum d’autodétermination en dépit de son interdiction par la justice, avant l’éphémère déclaration d’indépendance d’une des régions les plus riches d’Espagne en octobre 2017. MM. Junqueras, Turull et Rull sont de plus accusés de malversation pour avoir utilisé des fonds publics pour le faire.

Le sénateur catalan Raul Romeva, également accusé de rébellion et malversation, devrait lui aussi être suspendu par le Sénat.

Ces élus en détention provisoire, une première en Espagne, étaient sortis brièvement de prison mardi pour prêter serment d’allégeance à la Constitution, sous les applaudissements de leurs partisans. Leurs voix avaient été rendues inaudibles par le vacarme des députés du parti d’extrême droite Vox tapant sur leur pupitre dans une séance très agitée.

Junqueras candidat aux européennes

Leur procès s’est ouvert devant la Cour suprême en février, la sentence de la cour est attendue à l’automne.

Oriol Junqueras, ancien vice-président du gouvernement régional catalan et chef du parti Gauche républicaine catalane (ERC), est également candidat aux élections européennes à la tête d’une liste qui comprend les indépendantistes basques de EH Bildu et les nationalistes galiciens.

« Ils nous ont suspendus en Espagne, mais ils ne pourront pas le faire en Europe ! » a-t-il réagi sur Twitter.

« Un prisonnier politique entrant au Parlement européen est la meilleure manière de dénoncer la répression de l’État espagnol, c’est mettre en échec l’État devant toute l’Europe », ajoute-t-il.

Son grand rival, Carles Puigdemont, ex-président du gouvernement catalan qui s’est établi en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires en Espagne, est lui aussi candidat aux européennes à la tête d’une liste d’indépendantistes catalans.

Tous deux espèrent être élus députés européens pour pouvoir dénoncer au Parlement européen l’État espagnol, qu’ils accusent de ne pas être démocratique.

Un an et demi après la tentative de sécession, la pire crise politique qu’ait vécu l’Espagne en 40 ans de démocratie, le dossier catalan continue à dominer l’ordre du jour.

Les partis de droite et Vox accusent Pedro Sanchez et ses alliés de gauche de préparer des concessions aux indépendantistes en échange de leurs voix.

M. Sanchez dit vouloir seulement maintenir le dialogue avec les séparatistes dans l’espoir de désamorcer la crise catalane.