Merkel entre dans la course

À Munich, capitale de la région de Bavière, la chancelière Angela Merkel a lancé un appel, à 48 heures du scrutin allemand des élections européennes, à une «Europe de la responsabilité».
Photo: Christof Stache Agence France-Presse À Munich, capitale de la région de Bavière, la chancelière Angela Merkel a lancé un appel, à 48 heures du scrutin allemand des élections européennes, à une «Europe de la responsabilité».

À 48 heures du scrutin, la chancelière Angela Merkel a décidé de peser dans l’élection européenne qui renouvellera dès dimanche les 751 députés du parlement de Strasbourg. Alors que la vague eurosceptique et populiste n’a jamais été aussi forte et pourrait rafler plus de 25 % des sièges et former le troisième groupe parlementaire, la chancelière est sortie du mutisme qu’elle observait jusque-là pour lancer un appel à une « Europe de la responsabilité ».

« Dimanche, c’est à propos de l’Europe que nous irons voter, mais aussi à propos du chemin qu’elle doit emprunter », a déclaré la chancelière, qui parle d’une Europe qui assume ses responsabilités et défend la liberté de la presse et l’État de droit. « Ces valeurs sont aujourd’hui attaquées, dit-elle. Elles ne peuvent pas être tenues pour acquises. Le nationalisme est un affront à ces valeurs. Cela n’a pas sa place en Europe. »

À quelques heures de l’annonce de la démission de la première ministre britannique, Theresa May, Merkel a semblé émettre quelques regrets sur le Brexit. « Ça nous a motivés pour rester ami de la Grande-Bretagne, dit-elle. […] Nous devons construire une Europe où chacun peut jouer son rôle. »

La Bavière, région stratégique

Pour clore cette campagne européenne, Angela Merkel avait choisi Munich, capitale de la Bavière, et fief de Manfred Weber, le candidat des conservateurs du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne. Mais, la Bavière est aussi la région où Angela Merkel a eu le plus de fil à retordre depuis la crise des migrants et où son allié, la CSU, est souvent passé près de réclamer sa tête. Cette réunion européenne en est aussi une de « réconciliation », a ironisé le secrétaire général de la CSU, Markus Blume.

« C’était peut-être ma dernière chance de voir Angela Merkel », disait Adeilheid Stenzel, une enseignante à la retraite, pendant qu’un orchestre traditionnel bavarois battait la mesure. « Après 35 ans chez les socialistes, j’ai décidé d’adhérer à la CSU. Je pense qu’il faut garder son calme dans cette élection. La gauche n’arrête pas de nous dire qu’Hitler est de retour. J’en ai assez de cette propagande. Il ne s’agit pas de ça. »

Dimanche, c’est à propos de l’Europe que nous irons voter, mais aussi à propos du chemin qu’elle doit emprunter

Les conservateurs allemands n’avaient pas lésiné sur les invités d’honneur. Du premier ministre bulgare, Boyko Borissov, qui a réclamé une « immigration illégale zéro », à Andrej Plenkovic, premier ministre de la Croatie, dernière venue dans l’Union européenne. Retenu dans son pays pour cause de crise politique depuis la démission de ses ministres d’extrême droite, le premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, a envoyé un message. Celui-ci, qui menait jusqu’à tout récemment une politique en alliance avec l’extrême droite, aura d’ailleurs été la vedette des conservateurs dans cette campagne. Mais l’invité-surprise fut Lech Walesa. Pour l’ancien leader de Solidarnosc et ex-président de la Pologne aujourd’hui âgé de 76 ans, « il ne faut pas laisser les démagogues et les populistes détruire notre maison européenne ».

Confrontations avec la France

Les participants n’ont pas hésité au passage à écorcher le président français, Emmanuel Macron, qui « veut changer le système des partis, de manière qu’on n’ait plus le choix qu’entre lui et les populistes. Ce n’est pas l’Europe que nous voulons », a lancé le président du PPE, Joseph Daul. Depuis quelques mois, les points de friction se sont multipliés entre la chancelière et le président français. Cela va de la taxe sur les géants du Web (GAFA) dont la France se veut le champion au report de l’échéance du Brexit dont Macron ne voulait rien savoir. Sans oublier la reprise des négociations de libre-échange avec les États-Unis qui a été enclenchée malgré le refus français. Même Angela Merkel n’a pas hésité à parler de « confrontations » dans sa dernière entrevue à la Suddeutsche Zeitung.

« Pas question de Manfred Weber » à la présidence de la Commission européenne, aurait déclaré le président. Le député bavarois à peu près inconnu hors d’Allemagne a néanmoins été adoubé par l’actuel président, Jean-Claude Juncker. Selon une enquête YouGov, il ne pourrait être identifié que par 36 % des Allemands. Il faut dire qu’en Allemagne, l’élection européenne n’attire pas plus les foules qu’ailleurs. Un sondage réalisé le 14 mai dernier a révélé que les électeurs ne faisaient pas toujours la différence entre les programmes du SPD et de la CDU. On s’attend néanmoins à ce que dimanche, l’extrême droite (AFD) connaisse une légère progression alors que les verts pourraient même arriver deuxièmes, les sociaux-démocrates poursuivant leur descente aux enfers amorcée depuis des années.