Un second référendum pour sauver le Brexit

Theresa May photographiée après avoir livré son discours
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Theresa May photographiée après avoir livré son discours

Même si elle y a toujours été opposée, la première ministre britannique, Theresa May, a ouvert la porte mardi à la tenue d’un nouveau référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cette possibilité est toutefois conditionnelle à l’adoption par les parlementaires britanniques dans la semaine du 3 juin de son plan de divorce négocié avec Bruxelles. Un plan qu’ils ont rejeté massivement depuis le début de l’année et qui reste inchangé.

« Je ne crois pas que c’est la route que nous devons prendre, car je pense que nous devons mettre en place les résultats du premier référendum plutôt que de demander aux Britanniques de voter une deuxième fois », a-t-elle dit lors d’une conférence de presse Web diffusée à Londres, en fin d’après-midi mardi, pour présenter les grandes lignes de ce qu’elle a nommé un « nouvel accord de retrait ». « Mais je reconnais les sentiments profonds et sincères du Parlement sur cette question importante », a-t-elle ajouté, en précisant qu’un projet de loi, qu’elle compte présenter début juin à la Chambre des communes pour faire débloquer le Brexit, va exiger un vote sur la tenue d’un nouveau référendum ou pas. Cette nouvelle consultation publique irait chercher l’appui ou le rejet des électeurs du texte de l’entente de séparation avant sa ratification.

Je ne crois pas que c’est la route que nous devons prendre, car je pense que nous devons mettre en place les résultats du premier référendum plutôt que de demander aux Britanniques de voter une deuxième fois

« Mme May doit agir très vite en raison du calendrier des parlementaires britanniques » qui arrêtent de siéger fin juillet avant de revenir début octobre, a indiqué Hubert Rioux, chercheur à l’École nationale d’administration publique (ENAP), en entrevue au Devoir il y a quelques jours. « Il lui faut quelque chose de nouveau pour faire augmenter les chances de faire adopter son accord d’ici là. » Avec cet accord, le Brexit entrerait en vigueur le 31 octobre prochain.

Le projet de loi de Mme May accompagne et encadre donc l’adoption de cet accord de retrait qu’elle a négocié avec Bruxelles. Pour des raisons de procédures parlementaires, elle ne peut pas en effet resoumettre cet accord au vote des élus comme tel, puisqu’ils l’ont rejeté à trois reprises depuis le début de l’année. Malgré l’échec de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le 29 mars dernier, Bruxelles a toujours refusé de rouvrir le texte de l’entente pour en changer les termes, termes dont plusieurs continuent de diviser les Britanniques.

La loi d’application du Brexit, qui, en contradiction avec le vocabulaire utilisé par Mme May, ne constitue pas un « nouvel accord », cherche avant tout à rassurer les opposants au Brexit et les critiques de l’accord négocié en inscrivant dans le texte introductif les intentions du gouvernement pour atténuer plusieurs irritants, dont la litigieuse question de la frontière entre les deux Irlandes.

Rappel des faits : l’une est au sein du Royaume-Uni, l’autre, de l’Union européenne. Pour respecter les accords de paix de 1998 et éviter le retour d’une frontière physique entre les deux pays, le traité de retrait inclut un filet de sécurité (le fameux backstop, en anglais), une solution de dernier recours qui fait l’unanimité contre elle. Les pro-Brexit y voient la faille qui maintiendrait le Royaume-Uni dans le cadre douanier de l’UE, alors que les pro-Européens rejettent cette option qui risque de soumettre le Royaume-Uni aux règles de Bruxelles sans droit de regard. Le texte du projet de loi, résumé par Mme May, forcerait alors le gouvernement à trouver une solution de remplacement à ce backstop avant la fin de l’année 2020.

Lors de sa conférence de presse, la première ministre a indiqué qu’une fois le cadre du Brexit adopté, le gouvernement garantira aux travailleurs des droits équivalents à ceux dont ils jouissent actuellement dans un Royaume-Uni vivant toujours au sein de l’UE. Londres n’abaissera pas les niveaux des protections environnementales actuellement imposées par Bruxelles et dit vouloir réduire les tensions avec l’UE dans les échanges de biens hors du marché commun, en cherchant un compromis sur la question douanière afin de faire sortir le Brexit de l’impasse.

Cet « accord » de « la dernière chance », comme l’a présenté la première ministre, est loin d’avoir convaincu les réticents. « C’est en gros le rabâchage de ce qui a déjà été dit avant et qui n’apporte rien de neuf sur l’alignement des marchés, sur l’union douanière ou sur la protection des droits », a résumé le chef de l’opposition, Jemery Corbyn, avec qui Mme May cherche depuis plusieurs semaines à s’entendre pour aller chercher une majorité à la Chambre afin de faire approuver son accord.

Figure du Brexit, Boris Johnson, qui aspire à prendre la place de Theresa May à la tête du Parti conservateur, a indiqué qu’il n’allait pas voter pour cette loi d’application, puisqu’elle revient à se prononcer pour une union douanière et un nouveau référendum, ce que les électeurs n’ont pas réclamé, selon lui, en votant pour le Brexit en 2016. « Nous pouvons et devons faire mieux pour livrer ce pour quoi les gens ont voté », a-t-il indiqué sur Twitter. Il avait voté pour le même accord de retrait en mars dernier.

Theresa May a annoncé depuis plusieurs semaines qu’elle envisage de quitter le pouvoir une fois son accord de retrait entériné par Westminster. Elle a également qualifié de « corrosif » l’interminable débat autour de cette question qui maintient toujours le Royaume-Uni dans l’impasse, deux mois après la date où ce Brexit aurait dû se jouer.

Jeudi, les électeurs britanniques vont se rendre aux urnes pour se choisir de nouveaux députés. Le parti eurosceptique, populiste et pro-Brexit de Nigel Farage mène dans les derniers sondages, venant ainsi complexifier une équation aux termes nombreux et contradictoires.


Avec l'Agence France-Presse