Le sort d’un homme tétraplégique en état végétatif divise la France

Une manifestation parisienne a réuni plusieurs centaines de personnes réclamant «la vie pour Vincent».
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse Une manifestation parisienne a réuni plusieurs centaines de personnes réclamant «la vie pour Vincent».

Alors même que les soins qui maintenaient en vie Vincent Lambert avaient été interrompus lundi matin, la justice française a créé une immense surprise en ordonnant dans la soirée la reprise des traitements pour ce tétraplégique en état végétatif depuis plus de dix ans.

La mère du patient, Viviane Lambert, 73 ans, opposée à l’arrêt des soins, a déclaré à l’AFP : « C’est une très grande victoire ! [...] Pour une fois, je suis fière de la justice. »

« C’est vraiment du sadisme pur de la part du système médico-judiciaire », a réagi à l’inverse François Lambert, le neveu du patient.

Le sort de Vincent Lambert, 42 ans, en état végétatif depuis un accident de la route en 2008, déchire la famille comme il divise la société française : ses proches sont séparés en deux camps, avec notamment d’un côté ses parents, et de l’autre son épouse, Rachel, et son neveu François, qui entendent mettre fin à un « acharnement thérapeutique ».

Le pape François est intervenu lundi, appelant sur Twitter à « protéger la vie du début à la fin naturelle » et à prier pour « ceux qui vivent dans un état de grave handicap ».

Mais le président Emmanuel Macron, pressé depuis deux jours par les opposants à l’interruption des soins, a refusé de « s’immiscer » dans une « décision qui relève de l’appréciation des médecins et qui est en conformité avec nos lois ».

Saisie par les parents de Vincent Lambert, la cour d’appel de Paris a ordonné que les traitements reprennent jusqu’à ce que le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) de l’ONU se prononce sur le fond du dossier.

Alors que la France martelait que la suspension de l’arrêt des traitements préconisée par le CDPH « est dépourvue de caractère contraignant », la cour d’appel a jugé qu’« indépendamment du caractère obligatoire ou contraignant de la mesure de suspension demandée par le Comité, l’État français s’est engagé à respecter ce pacte international ».

Dans la manifestation parisienne qui a réuni plusieurs centaines de personnes réclamant « la vie pour Vincent », une énorme clameur a retenti lorsque l’un des avocats de ses parents, Jérôme Triomphe, a annoncé leur victoire à la foule.

La mère et le père, catholiques traditionalistes, se sont battus contre l’arrêt des soins, en multipliant les recours contre ce qu’ils ont qualifié de « folie ».

François Lambert, Rachel, la femme du patient, et cinq frères et soeurs de Vincent Lambert affirment, eux, que celui-ci aurait préféré mourir plutôt que de vivre dans cet état. Il n’avait pas laissé de directives anticipées, mais sa femme est sa tutrice légale.

Chacun peut avoir son opinion et ses propres convictions, mais qu’on nous laisse en paix, dans l’intimité et la dignité

Un peu plus tôt lundi, la Cour européenne des droits de l’homme avait rejeté la requête des parents, faute « d’élément nouveau ».

L’interruption des traitements qui visaient à maintenir en vie Vincent Lambert avait débuté lundi matin. De sources médicales, le patient était susceptible de mourir quelques jours, voire deux à trois semaines, plus tard.

Validée fin avril par le tribunal administratif suprême, le Conseil d’État, l’interruption des soins prévoiyait l’arrêt des machines à hydrater et à alimenter, une sédation « contrôlée, profonde et continue », ainsi qu’une prise d’analgésiques « par précaution ».

Dans une tribune publiée lundi par le quotidien Le Monde, des médecins spécialistes des soins palliatifs ont dénoncé « l’amalgame […] injustifié, erroné et délétère » entretenu selon eux entre décision d’arrêt des traitements et euthanasie.

Dans une tribune distincte parue dans le même journal, d’autres médecins, dont deux proches des parents de Vincent Lambert, réaffirment à l’inverse que, selon eux, le patient « n’est pas en fin de vie » et que l’arrêt des traitements ne se justifie pas.