La Suède rouvre le dossier de viol contre Julian Assange

La procureure adjointe Eva-Marie Persson en conférence de presse lundi, annonçant qu’elle a décidé de rouvrir l’enquête contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse La procureure adjointe Eva-Marie Persson en conférence de presse lundi, annonçant qu’elle a décidé de rouvrir l’enquête contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange

La justice suédoise a annoncé lundi la réouverture de l’enquête pour viol contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, espérant le voir comparaître devant un tribunal avant la prescription du crime en 2020 s’il n’est pas extradé d’ici là vers les États-Unis.

L’annonce du parquet de Stockholm relance un feuilleton judiciaire qui dure depuis près d’une décennie, pendant laquelle Julian Assange et ses soutiens n’auront cessé de dénoncer une manoeuvre destinée à le faire extrader vers les États-Unis pour y répondre des fuites de documents secrets américains par WikiLeaks.

Les défenseurs de Julian Assange ont affirmé lundi à Madrid que l’Équateur avait accepté de saisir et de remettre aux États-Unis les documents et le matériel informatique restés à l’ambassade d’Équateur à Londres, produisant un document attribué à la justice équatorienne.

L’avocat espagnol de M. Assange, Aitor Martinez, a dénoncé une « violation absolue du droit à la défense ».

C’est officiellement pour éviter l’extradition aux États-Unis que l’Australien s’était réfugié en 2012 à l’ambassade d’Équateur à Londres.

En son absence, et faute de pouvoir faire avancer l’enquête, la justice suédoise avait abandonné les poursuites en mai 2017.

Mais son arrestation spectaculaire le 11 avril à Londres avait ravivé l’espoir de la plaignante et de son avocate de le voir remis à la Suède en vue d’un procès avant la prescription échéant en août 2020.

Nouvelles circonstances

« J’ai décidé aujourd’hui de rouvrir l’enquête », a annoncé Eva-Marie Persson, procureure adjointe, lors d’une conférence de presse. « M. Assange étant sorti de l’ambassade équatorienne, les circonstances sont réunies pour demander sa remise [à la Suède] en vertu d’un mandat d’arrêt européen, ce qui n’était pas le cas avant le 11 avril », a-t-elle ajouté. Le parquet va délivrer dans les plus brefs délais un mandat d’arrêt européen à l’encontre de M. Assange.

Âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, la plaignante avait rencontré son agresseur présumé lors d’une conférence de WikiLeaks à Stockholm. Elle l’accuse d’avoir engagé un rapport sexuel dans la nuit du 16 au 17 août 2010, pendant qu’elle dormait et sans préservatif, alors qu’elle lui avait à plusieurs reprises refusé tout rapport non protégé.

M. Assange étant sorti de l’ambassade équatorienne, les circonstances sont réunies pour demander sa remise [à la Suède] en vertu d’un mandat d’arrêt européen, ce qui n’était pas le cas avant le 11 avril

Julian Assange a toujours soutenu qu’elle était consentante et avait accepté de ne pas utiliser de préservatif. Son avocat suédois, Per E Samuelson, a estimé lundi que la Suède se « ridiculisait » en relançant des poursuites « vieilles de dix ans ».

Devant l’impossibilité d’obtenir sa comparution devant un tribunal, le parquet suédois avait décidé de classer l’enquête en 2017.

Cette décision « n’était pas fondée sur un manque de preuves, mais sur les circonstances qui entravaient l’enquête », a souligné Mme Persson.

WikiLeaks a réaffirmé lundi que Julian Assange s’était réfugié à l’ambassade de l’Équateur à Londres « pour éviter une extradition vers les États-Unis, pas pour éviter une extradition vers la Suède ». La relance des poursuites « va lui offrir la chance de se disculper », a réagi le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hranfsson, dans un communiqué.

Pour l’avocate de la plaignante, la décision de la justice suédoise « envoie un signal fort ». « Nul n’est au-dessus de la loi, pas même quand on s’appelle Julian Assange », a lancé Elisabeth Massi Fritz à la presse à Stockholm.

Assange a été condamné à 50 semaines de prison par un tribunal britannique pour violation de ses conditions de liberté provisoire.