Duel Macron-Salvini en vue aux européennes

Nathalie Loiseau a été ministre des Affaires européennes sous le gouvernement d’Édouard Philippe.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse Nathalie Loiseau a été ministre des Affaires européennes sous le gouvernement d’Édouard Philippe.

« On va lui filer une gifle. Comptez sur nous pour mettre un peu d’animation ! » Richard Rico est arrivé le premier. Sous un ciel fâché, les portes du Palais de la musique n’étaient pas encore ouvertes qu’il était déjà sur le coin avec son gilet jaune dissimulé dans un sac pour éviter les contrôles de police. Pas question de rater la grande assemblée du groupe d’Emmanuel Macron (Renaissance) à Strasbourg. À deux semaines des élections européennes, cet homme de 63 ans actif dans le mouvement coopératif alsacien a été sur tous les ronds-points. « Je veux dire à Macron qu’au-delà des “cadeaux”, on veut surtout qu’il nous respecte. Le peu d’argent qu’il avait, il nous l’a donné. Mais, le mépris lui, n’a pas disparu ! »

À 14 jours du scrutin, le président français se pose plus que jamais en fer de lance de la lutte contre les populismes. Alors qu’en France Macron et Le Pen sont au coude-à-coude, cette fin de campagne prend de plus en plus l’allure d’un duel qui l’oppose à Marine Le Pen et à son allié italien, le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini. Une sorte de campagne présidentielle bis, disent les observateurs, où le président pourrait jouer la fin de son quinquennat et l’intégration européenne prendre une direction radicalement différente.

L’assemblée de Strasbourg a d’ailleurs des allures de meeting présidentiel. En moins flamboyant. Même fond sonore en anglais. Mêmes t-shirts où les organisateurs s’affichent fièrement comme des membres du « staff ». La moitié des représentants des partis frères venus d’Allemagne, de Hongrie, d’Italie, d’Autriche et de Belgique s’exprimeront en anglais. Sans traduction dans une ville, où la première langue seconde serait plutôt… l’allemand.

Ils sont tous venus faire bloc autour de la tête de liste, l’ancienne ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, qui en a bien besoin après un début de campagne plutôt poussif. L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le ministre de la Culture, Franck Riester, et le premier ministre, Édouard Philippe, ont répondu présent. Tous, sauf Emmanuel Macron alors que la rumeur a pourtant couru qu’il serait à Strasbourg. Mais, ce jour-là, il accueillait les deux otages français libérés au Burkina Faso par un sauvetage controversé, qui a coûté la vie à deux militaires.

« Un pari risqué »

Chez les partisans d’Emmanuel Macron, on est convaincu que tout se jouera dans les derniers jours. « C’est un pari risqué », dit Jean-Jacques Pion, qui déplore le manque de culture politique des candidats. À 80 ans, cet ancien dessinateur industriel ne sait toujours pas pour qui il votera. « Je connais plein de gens de gauche qui s’apprêtent à voter Marine Le Pen. Ça ne mange pas de pain. Elle ne sera pas élue. Et ce sera une façon de dire à Macron ce qu’on pense de lui. »

Dans la salle à moitié pleine, où les sièges vides sont dissimulés derrière un rideau, les drapeaux européens font la vague. Ce sera la première élection d’Alexis Gauckler. « Je suis venu entendre ce que les candidats ont à dire sur l’écologie », dit ce lycéen de 18 ans, qui prépare un diplôme professionnel en électricité. Chaque vendredi, il fait « grève » pour protester contre le réchauffement climatique. Divulgué il y a quelques jours à peine, le programme de Renaissance veut consacrer pas moins de 1000 milliards d’euros à la transition écologique. Un chiffre qui a surpris même les écologistes de longue date.

Pourtant, d’écologie il ne sera pratiquement pas question dans cette assemblée. Pour la candidate Nawel Rafik-Elmrini, adjointe aux affaires européennes à Strasbourg (Grand Est), il s’agit surtout de combattre l’extrême droite et « ses ambitions nauséabondes ». Beaucoup sont venus soutenir l’ancienne mairesse de Strasbourg Fabienne Keller qui est septième sur la liste. Selon elle, il ne reste que « 15 jours pour montrer que la France est une digue contre les populistes et les extrémistes ». Selon Jean-Pierre Raffarin, « le match central, c’est le match Orban contre Merkel et Macron ». Car, « ainsi commence le fascisme », dira sur un ton monocorde Nathalie Loiseau citant l’écrivaine Françoise Giroud.

L’État postnational ?

L’ambition du groupe centriste auquel s’est rallié Renaissance, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), n’est pas différente de celui non moins hétéroclite que forme Marine Le Pen avec Matteo Salvini. Les deux groupes se rêvent en faiseur de rois au moment où conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (APSD) risquent de ne plus avoir de majorité suffisante pour gouverner ensemble.

Entre le libéral et très fédéraliste Guy Verhofstadt, président de l’ALDE, et un Édouard Philippe qui refuse de voir l’Europe comme « le modèle de l’après-État nation », c’est pourtant le grand écart. Voilà qui explique peut-être un programme qui varie selon que l’on s’adresse aux Français ou aux alliés européens. Alors que le président avait annoncé une « remise à plat » du traité de Schengen, il n’est plus question que de le « sauvegarder ».

Auguste Gerschheimer, 80 ans, est un ancien supporter de François Bayrou, dont il appréciait la réflexion et la hauteur de vues. « Je ne trouve pas vraiment ça chez Macron », dit-il. Fin connaisseur de la Pologne, il s’inquiète de ce qu’il advient de l’État de droit sur le front de l’Est. Pendant que les participants entonnent « On va gagner », il raconte que, dans la matinée, il était en Allemagne, à 4 kilomètres de là. « Là-bas, les choses sont très différentes. C’est beaucoup plus calme. Ici, c’est toujours plus compliqué. » En bon philosophe, la perspective d’une défaite d’Emmanuel Macron ne l’inquiète pas trop : « En politique, il faut aussi apprendre à perdre ! »

4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 13 mai 2019 06 h 07

    Je n'ai rien compris ....

    de tout ce charabia; pourtant d'habitude je lis très bien Christian Rioux et l'apprécie énormément, mais là franchement j'en perds mon latin.

  • Pierre Rousseau - Abonné 13 mai 2019 11 h 28

    L'Europe n'échappera pas au populisme

    Il faut se rappeler que l'Europe a été le berceau du fascisme et du colonialisme et si on croyait que l'on pouvait apprendre de ses erreurs, l'histoire nous a plutôt montré le contraire, le passé étant garant de l'avenir, dit-on. Reste à savoir où ce populisme va nous mener et là on aurait bien besoin d'une boule de cristal ! Nos voisins du sud qui ont sombré dans le populisme semblent s'en tirer assez bien mais ce n'est probablement qu'un écran de fumée - le vrai rendez-vous avec le destin viendra plus tard... Après, sera-ce le tour de l'Europe post-Brexit ?

  • Serge Morin - Abonné 13 mai 2019 11 h 38

    N'ai rien compris non plus...

    En lisant cet article, je me suis fait la réflexion que je devais l'envoyer à un ami Français afin qu'il me dise s'il a saisi un traître mot de ce billet nébuleux, embourbé et de plus en plus incompréhensible au fur et à mesure que je le parcourais. Je suis rassuré en constatant que je ne suis pas le seul ! Ouf !

  • Pierre Bernier - Abonné 13 mai 2019 11 h 49

    Pas simple !

    Pour apprécier ce texte d’ambiance, il faut déjà connaître les enjeux que soulèvent les prochaines élections européennes. Et surtout se montrer intéressé à saisir à cet égard les forces en présence en France.

    Pas simple compte tenu du peu d'information dont l'« honnête citoyen » du Québec dispose grâce à ses médias sur l'Europe politique. S'ajoute que celle-ci se déploie dans un cadre institutionnel « quasi fédéral » complexe façonné par divers traités sectoriels... dont les citoyens nationaux en cause ne comprennent pas grand-chose non plus !

    Bref, ce que craint le président Macron est de perdre toute crédibilité face à ses interlocuteurs européens (chefs d’État) pour adapter L’Union européenne au monde d’aujourd’hui suivant ses propositions.

    Après ses déboires « jaunis » sur le plan de la paix sociale en France, il a donc décidé, contrairement à la posture retenue par les présidents qui l’ont précédé, de s’impliquer personnellement dans la campagne pour ces élections.

    L’ambition est de limiter les pertes électorales annoncées pour les groupes qui le soutiennent face à ceux qui soutiennent madame Le Pen. Et surtout empêcher celle-ci d’incarner la voix majoritaire de la France au Parlement européen.

    À l’évidence, ce souci n’est pas partagé par tous les électeurs. Mais encore faut-il que ceux-ci se rendent aux urnes.