Le ciel s’assombrit pour Emmanuel Macron

Malgré une légère remontée en janvier, la cote du président français est repartie à la baisse dans les sondages.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Malgré une légère remontée en janvier, la cote du président français est repartie à la baisse dans les sondages.

En pleine crise historique des gilets jaunes, le président Emmanuel Macron aurait pu dissoudre l’Assemblée nationale et en appeler au peuple. C’est ce qu’avait fait Jacques Chirac en 1995 dans des circonstances semblables. Il aurait pu soumettre au référendum ses récentes annonces destinées à calmer la colère populaire. Il aurait aussi pu remanier son gouvernement. Rien de tout cela n’a eu la faveur présidentielle.

Faute de mieux, ce sont donc les élections européennes du 25 mai prochain qui constitueront le seul et unique test démocratique du président à deux ans de son élection et après six mois d’une révolte populaire exceptionnelle. Alors qu’il atteint généralement des taux d’abstention records, ce rendez-vous prend soudainement en France l’allure d’une élection de mi-mandat à l’américaine, où les enjeux nationaux l’emportent largement sur les enjeux européens.

Or, à trois semaines du scrutin, le ciel s’assombrit pour le président. Le sursaut national qui a suivi l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’y a rien fait. Pas plus que les 17 milliards d’euros consacrés à calmer les gilets jaunes. Ni le Grand Débat pendant lequel Emmanuel Macron a été sur tous les plateaux.

Malgré une légère remontée en janvier, la cote du président est repartie à la baisse et n’arrive guère à dépasser le socle de son électorat du premier tour de la présidentielle.

Plus inquiétant encore, les deux derniers sondages sur les élections européennes mettent le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen légèrement en tête. On comprend pourquoi : selon certains ministres, le président aurait piqué une colère mémorable au dernier Conseil des ministres.

La rumeur court d’ailleurs que le président pourrait tenter de reprendre la main dans une grande assemblée à Strasbourg le 11 mai prochain.

Les cafouillages de Loiseau

Alors que la plupart des partis ont misé sur de nouveaux visages comme têtes de liste, La République en marche (LREM) a choisi une valeur sûre. C’est du moins ce que l’on croyait jusqu’à ce que l’ancienne ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau multiplie les cafouillages.

Le lancement de sa campagne avait déjà été plus que boiteux. Lors d’une émission consacrée à Marine Le Pen, elle avait fait mine de se déclarer spontanément candidate comme si elle venait tout à coup de voir la lumière. C’était pour combattre l’extrême droite, disait-elle.

On apprendra malheureusement quelques semaines plus tard que lorsqu’elle étudiait à Sciences Po, en 1984, elle avait elle-même été candidate sur une liste étudiante où figuraient des membres du GUD, un groupuscule d’extrême droite connu pour ses actions violentes.

L’ancienne technocrate aurait pu s’excuser. Mais elle a d’abord nié catégoriquement les faits, avant de prétexter qu’elle avait « oublié ».

La semaine suivante, celle qui fut aussi directrice de l’École nationale d’administration (ENA) s’est empressée d’appuyer la décision du président de dissoudre ce haut lieu de formation des élites.

L’ennui, c’est qu’en 2015, la même Nathalie Loiseau avait qualifié de « populiste » une telle idée qui ne pouvait venir, disait-elle, que d’« hommes politiques sans idées ou de journalistes sans culture ».

Mais le problème ne s’arrête pas à ces anecdotes. Plus généralement, la campagne d’Emmanuel Macron, lancée sur le thème du combat contre la « lèpre qui monte », ne semble pas décoller vraiment.

Début mars, la tribune qu’il adressait aux Européens, Pour une renaissance européenne, a été reçue froidement, notamment par le successeur d’Angela Merkel. La nouvelle patronne de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, en a repoussé les principales propositions, rejetant toute forme de « bouclier social » ou de mutualisation des dettes. AKK, comme on la surnomme outre-Rhin, a même eu le toupet de proposer à la France de céder à l’Union européenne son siège à l’ONU !

La surprise Bellamy

En face, le Rassemblement national rêve de répéter l’exploit de 2014, alors que, damant le pion à l’UMP, il était arrivé en tête du scrutin européen.

Amorcée comme la revanche de l’élection présidentielle, la campagne du RN veut maintenant transformer ce scrutin en plébiscite pour ou contre Emmanuel Macron. La tête de liste du parti, Jordan Bardella, ne s’en cache pas : « Si la liste portée par Emmanuel Macron arrive en tête le 26 mai, dit-il, le chef de l’État le percevra comme un blanc-seing donné à sa politique, et le rouleau compresseur social et fiscal s’accélérera. »

Alors qu’elle a abandonné toute idée de sortie de l’Union européenne, Marine Le Pen fait miroiter à ses électeurs la constitution d’un grand groupe eurosceptique à Bruxelles. Mais ce changement de position pourrait aussi isoler le RN quant à des alliés qui, eux, militent toujours pour une sortie de l’Union.

Le vote RN n’est pas menacé que par Emmanuel Macron. Il pourrait aussi souffrir de la bonne campagne que mène pour l’instant le candidat des Républicains (LR) François-Xavier Bellamy.

On prédisait toutes les déconvenues à ce philosophe conservateur de 33 ans proche des opposants au mariage homosexuel. À la surprise générale, son parti atteint 15 % dans les sondages et se classe bon troisième, loin devant La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (8,5 %).

Cet intellectuel de haut calibre tranche dans une campagne souvent faite de petites phrases et d’invectives. L’homme qui corrige les copies de ses étudiants dans le TGV entre deux assemblées semble redonner un coup de jeune au parti de Laurent Wauquiez très éprouvé par les scissions et les démissions depuis quelques années. Le candidat fait maintenant l’unanimité dans son parti, ce qui est déjà beaucoup.

À Caen, où il lançait sa campagne, Bellamy s’est fixé comme objectif d’atteindre 20 % du vote le 25 mai prochain. Un résultat dont LR est encore très loin, mais qui pourrait faire très mal aussi bien à Marine Le Pen qu’à Emmanuel Macron. Reste à savoir lequel en souffrirait le plus.