France: un autre 1er mai tendu à Paris

L’importance des effectifs policiers a permis une dispersion pour l’essentiel pacifique.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse L’importance des effectifs policiers a permis une dispersion pour l’essentiel pacifique.

Les premier mai se suivent et se ressemblent. Pour la deuxième année consécutive, la traditionnelle fête des Travailleurs s’est terminée à Paris sur des violences commises par plusieurs centaines de militants cagoulés. Dans cette manifestation qui devait exprimer la réponse du mouvement syndical aux récentes annonces d’Emmanuel Macron, un mélange de black blocs et de gilets jaunes parmi les plus radicalisés a tenu les forces de l’ordre en haleine toute la journée. Seule la mobilisation extraordinaire de 7500 policiers (un pour sept manifestants) a permis d’empêcher une fin de manifestation apocalyptique comme l’année précédente. Avec 40 000 personnes dans la rue à Paris, la mobilisation est jugée plutôt bonne, même si elle est très loin d’être historique.

Les 17 000 contrôles préventifs et plus de 300 interpellations auront donc permis d’éviter le pire. Loin des joyeux cortèges des décennies précédentes où l’on venait en famille manger des merguez, l’ambiance n’était pourtant guère à la fête et l’on dénombre une trentaine de blessés.

Les premières altercations entre black blocs et forces de l’ordre se sont produites sur le boulevard Montparnasse avant que le cortège ne s’ébranle. Près d’un gigantesque ballon de la Confédération générale du travail (CGT), par petits groupes mobiles, des hommes cagoulés habillés en noir et souvent équipés de masques à gaz ont commencé à harceler les policiers qui ont dû user de lacrymogènes. Ce qui n’empêchait pas certains black blocs de se prendre en selfie en train de narguer les forces de l’ordre.

Dispersion pacifique

Comme l’année précédente, et comme dans la plupart des manifestations hebdomadaires des gilets jaunes depuis novembre, c’est en fin de manifestation que les pires violences ont éclaté alors que plusieurs centaines de manifestants ont refusé de se disperser et ont commencé à saccager des vitrines et à incendier le mobilier urbain. « Tout le monde déteste la police », hurlaient plusieurs d’entre eux. Plus tôt, une école et un commissariat ont été attaqués.

Heureusement, l’importance des effectifs policiers a permis une dispersion pour l’essentiel pacifique. Le président de la CGT, Philippe Martinez, a tout de même dénoncé une charge de la police contre le cortège syndical et le manque de maîtrise des policiers. « C’est regrettable qu’il y ait de la violence, disait Bruno, un agriculteur bio venu de la Brie pour manifester. Moi, les black blocs, je ne les connais pas. Mais, je sais que le 16 mars dernier, on les a laissés faire. »

Plus tôt, deux Allemands et une Espagnole ont été interpellés alors qu’ils transportaient des bidons d’essence, des bombonnes de gaz, des marteaux et un plan du parcours de la manifestation. Pour de nombreux manifestants, comme le gilet jaune parisien Jean-Paul Reti, « c’est la lassitude de voir des manifestations qui ne donnent rien » qui explique ces violences. Lui-même boite depuis trois semaines, après avoir été renversé par une charge de la police.

Violences hebdomadaires

Pour d’autres, cette violence devenue hebdomadaire ne peut plus continuer. Le président de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), Laurent Berger, a tenu à se dissocier des black blocs et des gilets jaunes les plus radicaux qui « n’ont rien à voir avec le mouvement syndical ». Chez les syndicalistes, on sentait un certain mécontentement de s’être fait phagocyter une manifestation aussi emblématique que celle du premier mai. La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a dénoncé une « violence anarchiste » et appelé à la « dissolution » de ces groupuscules. « Celui qui sème le désordre aujourd’hui, c’est Emmanuel Macron », dit-elle.

Des violences se sont aussi déroulées à Lyon, à Toulouse et à Nantes. Avec un sens de l’humour évident, plusieurs manifestants portaient des masques à l’effigie d’Alexandre Benalla. C’est le 1er mai 2018 que le conseiller du président Macron aujourd’hui mis en examen avait été filmé en train de frapper des manifestants.