Les socialistes l’emportent, l’Espagne se polarise

Le Parti socialiste ouvrier espagnol, dirigé par Pedro Sánchez (en chemise blanche sur la photo), a recueilli près de 29% des voix.
Photo: Javier Soriano Agence France-Presse Le Parti socialiste ouvrier espagnol, dirigé par Pedro Sánchez (en chemise blanche sur la photo), a recueilli près de 29% des voix.

Le premier ministre socialiste Pedro Sánchez a remporté dimanche les élections législatives sans atteindre la majorité nécessaire pour gouverner seul une Espagne divisée, où l’extrême droite se prépare à entrer au parlement, plus de 40 ans après la fin de la dictature de Francisco Franco.

Le scrutin pourrait déboucher sur une poursuite de l’instabilité qui marque la politique espagnole depuis la fin du bipartisme conservateurs-socialistes en 2015, avec un parlement fragmenté et des divisions exacerbées par la tentative de sécession de la Catalogne en 2017.

« Le futur a gagné et le passé a perdu », a lancé Pedro Sánchez, chemise blanche et col ouvert, en proclamant sa victoire devant les militants au siège de son parti à Madrid.

Après le dépouillement de 99 % des bulletins de vote, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a recueilli près de 29 % des voix et 123 députés, nettement plus que les 85 remportés aux législatives de 2016, mais loin de la majorité absolue de 176 sur 350 à la chambre.

Pedro Sánchez, arrivé au pouvoir en juin dernier en renversant le conservateur Mariano Rajoy dans une motion de censure, sera donc obligé de bâtir une coalition difficile pour continuer à gouverner.

En face, les partis de droite seront bien en mal de l’en empêcher, malgré l’irruption du parti d’extrême droite Vox, qui remporte 24 députés. Les conservateurs du Parti populaire (PP) ont perdu la moitié de leurs sièges, et retombent à 66 députés, contre 137 en 2016. Les libéraux de Ciudadanos ont réussi une belle percée, passant de 32 à 57 députés.

Mais même en s’alliant à Vox, le PP et Ciudadanos ne pourraient pas rééditer au niveau national le succès qu’ils ont obtenu en décembre aux élections régionales d’Andalousie, où ils ont chassé les socialistes de leur fief.

Vox, pratiquement inconnu jusqu’à son irruption en Andalousie, a fait ressurgir l’extrême droite dans un pays où elle était insignifiante depuis la mort de Franco en 1975. « La gauche sait que la fête est finie », a lancé le numéro deux du parti, Javier Ortega Smith. Son chef Santiago Abascal a lui annoncé le début de « la reconquête » de l’Espagne déclarant : « Vox est venu pour rester ».

Vox a massivement fait campagne sur les réseaux sociaux comme le président américain, Donald Trump, ou le brésilien, Jair Bolsonaro. Ce parti est soutenu notamment par le Rassemblement national en France et la Ligue au pouvoir en Italie.

Adoptant un virulent discours antiféministe et contre l’immigration, il a prospéré en particulier en prônant la manière forte en Catalogne.

Gonzalo Rodríguez, un étudiant madrilène de 18 ans, a voté pour la première fois, pour Vox, « le seul parti, selon lui, qui défend l’unité de l’Espagne et les valeurs de la famille traditionnelle ».

Jeu de coalitions

Après une campagne tendue, le taux de participation a été de 75,78 %, neuf points de plus qu’en 2016, selon le ministère de l’Intérieur.

Pedro Sánchez et ses alliés de gauche radicale Podemos avaient alors battu le rappel des électeurs en mettant en garde contre la montée de l’extrême droite. Le PP et Vox avaient tenté de mobiliser dans une campagne agressive contre le premier ministre, le qualifiant de « traître » pour être parvenu au pouvoir en partie grâce aux voix des séparatistes catalans et pour avoir ensuite tenté de dialoguer avec eux.

La Catalogne, où les séparatistes ont déclenché en 2017 la pire crise politique qu’ait connue l’Espagne en quarante ans, continue à hanter la politique espagnole.

Pedro Sánchez pourra compter sur l’appui de Podemos, qui remporte 42 sièges, contre 67 en 2016, mais devrait avoir besoin de celui de partis régionalistes et donc, a priori, des indépendantistes catalans. Mais le socialiste préférerait éviter d’avoir de nouveau besoin de ces derniers, qui l’ont contraint à convoquer ces élections anticipées en refusant de voter son budget.

Reste l’hypothèse d’une alliance avec Ciudadanos, dont le chef, Albert Rivera, avait pourtant juré de « chasser Sánchez du pouvoir ». Ensemble, le PSOE et Ciudadanos franchissent le seuil magique de la majorité absolue.

Mais les militants socialistes, qui saluaient la victoire de leur parti, ont mis Sánchez en garde contre cette tentation en scandant « pas avec Rivera ».