Après l’élection de Zelensky, la Russie optimiste, mais pas trop

Un militaire ukrainien passe devant un bâtiment détruit à la suite d'un bombardement par des séparatistes soutenus par la Russie dans la petite ville de Zolote, dans la région de Lougansk, le 20 avril 2019.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Un militaire ukrainien passe devant un bâtiment détruit à la suite d'un bombardement par des séparatistes soutenus par la Russie dans la petite ville de Zolote, dans la région de Lougansk, le 20 avril 2019.

Un nouveau départ est possible, mais pas d’illusions pour autant : la Russie est partagée après l’élection dimanche à la tête de l’Ukraine du comédien Volodymyr Zelensky, potentiellement plus conciliant avec Moscou tout en restant fermement pro-occidental.

Côté pile, Volodymyr Zelensky remplace Petro Porochenko, arrivé au pouvoir grâce au soulèvement pro-européen du Maïdan en 2014, partisan d’une ligne dure face à Moscou dans la crise entre les deux pays et honni des dirigeants russes.

Côté face, le nouveau président est comme son prédécesseur favorable à l’adhésion de son pays à l’UE et à l’OTAN. Il a ponctué son discours de victoire d’un appel provocateur aux peuples d’ex-URSS, leur montrant que « tout est possible ». Et il a gardé le long de la campagne un certain flou sur le programme qu’il veut appliquer.

Entre les deux, la Russie ne sait pas réellement sur quel pied danser, en témoigne la réaction du premier ministre Dmitri Medvedev : « Il y a une chance d’amélioration de la coopération avec notre pays », a-t-il écrit sur sa page Facebook, précisant toutefois n’avoir « aucune illusion ».

La réaction du Kremlin est elle aussi mesurée : « Il est trop tôt pour évoquer […] la possibilité d’un travail en commun », a déclaré le porte-parole Dmitri Peskov, ajoutant que Moscou jugera sur ses actes la politique du président Zelensky.

Le Kremlin n’a « aucune position ou stratégie claire face à Zelensky, qui a été une surprise totale pour Moscou », explique à l’AFP Andreï Kolesnikov, politologue au centre Carnegie de Moscou, selon qui la Russie voulait avant tout le départ de Petro Porochenko.

Artiste reconnu en Russie, dont il a parcouru les scènes avec sa troupe de stand-up, Volodymyr Zelensky s’exprime principalement en russe et n’a pas fait campagne sur des sujets identitaires, comme la langue ou la religion.

Largement élu avec plus de 70 % des voix, Volodymyr Zelensky, novice en politique, a promis dans son premier discours de « relancer » le processus de paix impliquant la Russie dans l’est de l’Ukraine, où une guerre avec des séparatistes prorusses a fait plus de 13 000 morts en cinq ans.

« Il existe désormais un espoir de changement dans les relations de l’Ukraine avec la Russie », estime Andreï Kolesnikov, qui met toutefois en garde : « N’importe quelle phrase irréfléchie de Poutine ou Zelensky peut mettre sur pause » cet espoir.

Sans baguette magique

Analyste au Centre des technologies politiques, Alexeï Makarkine préfère relativiser les différences entre l’ancien et le nouveau président ukrainien. « Que Zelensky n’ait pas une rhétorique guerrière anti-russe, à la différence de Porochenko, c’est avant tout une question d’image », assure le politologue.

Les points de friction entre la Russie et l’Ukraine, sur la guerre dans l’est séparatiste — Kiev accuse Moscou d’y soutenir militairement les rebelles, ce que Moscou dément — ou l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014, sont trop profonds pour espérer un rapprochement entre les deux pays.

« Sans un coup de baguette magique, ça ne va pas être possible », assène Alexeï Makarkine.

D’autant qu’il faudra attendre les élections législatives d’octobre, alors que Petro Porochenko a promis de poursuivre son engagement politique et que beaucoup d’incertitudes pèsent encore sur la liste que présentera Volodymyr Zelensky, pour connaître la marge de manoeuvre dont disposera le nouveau président ukrainien.

L’élection du comédien Zelensky, totalement improbable il y a quelques mois, éveille une autre crainte chez les stratèges du Kremlin : celle de voir le scénario ukrainien se reproduire en Russie, avec l’arrivée de novices en politique surfant sur le mécontentement et la lassitude des électeurs face aux élites.

« La Russie et l’Ukraine, c’est un vieux couple dans lequel chacun se regarde dans l’autre comme dans un miroir », rappelle Gleb Pavlovski, politologue et ancien conseiller du Kremlin.

Or, si les responsables comme les médias d’État russes ont brocardé ces dernières semaines la « farce » de l’élection présidentielle ukrainienne, plusieurs élections locales en Russie se sont achevées ces derniers mois par la victoire de nouveaux venus, n’appartenant pas au sérail traditionnel.