La restauration de Notre-Dame : quand, combien, comment ?

Il va falloir prévoir des échafaudages géants et complexes. Et aussi probablement placer au-dessus de la cathédrale un parapluie géant pour que les combles sèchent. Puis les bois devront être enlevés, avec prudence.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Il va falloir prévoir des échafaudages géants et complexes. Et aussi probablement placer au-dessus de la cathédrale un parapluie géant pour que les combles sèchent. Puis les bois devront être enlevés, avec prudence.

Combien de temps faudra-t-il pour restaurer Notre-Dame, pour quel coût et sera-t-il possible de retrouver ce joyau architectural tel qu’il était avant le sinistre ? C’est le défi au lendemain de l’incendie de la cathédrale emblématique de Paris.

Coût de la restauration

Les chiffres varient selon les techniques, traditionnelles ou nouvelles, qui pourront être utilisées. Ils atteindront de toute façon plusieurs centaines de millions d’euros, estiment les experts, mais l’élan de solidarité devrait couvrir ce budget. «Cette fois-là, ce n’est pas l’argent qui va manquer», a résumé le « Monsieur Patrimoine » de la présidence française, Stéphane Bern, alors que tant de chefs-d’oeuvre en péril ont du mal à trouver des financements.

Délais

Les pronostics sont très variables. Il faudra « dix à vingt ans minimum », selon M. Bern, en commençant par l’évaluation des dommages, les arbitrages à prendre sur des manières de procéder, les appels d’offres. Les travaux préparatoires, d’assainissement, de consolidation, de séchage prendront également du temps. Une fois les arbitrages pris, les entreprises compétentes qui disposent des savoir-faire nécessaires pourront mener la restauration relativement vite, selon les experts.

Mais l’ancien ministre de la Culture Jack Lang s’insurge: « Il faut se donner un délai court, comme on l’a fait dans le passé pour des chantiers d’exception », « se donner, non pas dix ans, quinze ans, mais trois ans », a-t-il dit à l’AFP.

Appels d'offres
À la différence des cathédrales d’autres pays ou de Strasbourg (en raison du régime concordataire) qui n’appartiennent pas à l’État, la restauration de la cathédrale de Paris obéit aux règles complexes des marchés passés par l’Etat : les sociétés retenues par les appels d’offres font toujours appel à des sous-traitants qui peuvent faire appel elles-mêmes à des sous-traitants.

lles-mêmes peuvent faire appel « à des personnes peu qualifiées » sur les chantiers, affirme une architecte qui a requis l’anonymat.

Ce système des marchés attribués par l’Etat est considéré par certains architectes comme moins sûr pour le contrôle au jour le jour du bon état de conservation d’un monument. Pour la cathédrale de Strasbourg, une équipe dédiée vérifie chaque jour l’état de la cathédrale.
 

Assurance

La discussion pourrait être longue sur le plan des assurances. Quelle est l’origine du sinistre ? Qui doit en assumer la responsabilité ?

Réouverture aux visiteurs

L’intérieur de la cathédrale va pouvoir rouvrir aux visiteurs. Sans doute assez vite. Il faut évidemment procéder d’abord à la vérification de la solidité des voûtes. Autorités, ministère et évêché souhaitent rouvrir la cathédrale au culte et aux touristes dans un délai raisonnable.

Voûtes

Des expertises longues et minutieuses devront déterminer si les voûtes ont été ébranlées par deux chocs thermiques successifs, provoqués par le feu et ensuite par l’eau qui a saturé les poutres.

Charpente

Les magnifiques charpentes, notamment du choeur et de la nef, avec leur densité de traces historiques depuis le XIIe siècle, sont perdues pour toujours. Pour les historiens de l’architecture, leur perte est celle, considérable, d’un patrimoine racontant une histoire et un savoir-faire d’artisans, parfois de père en fils.

De nombreux architectes souhaitent que ces charpentes en chêne soient refaites dans les règles de l’art et le respect de savoirs ancestraux. D’autres plaident pour une reconstruction plus rapide, avec des structures métalliques ou de béton.

La filière bois faisait elle assaut de propositions au lendemain du sinistre tandis que l’assureur Groupama, propriétaire terrien, offrait les 1 300 chênes centenaires nécessaires à une reconstruction à l’identique, prélevés dans ses forêts normandes, dans le nord-ouest du pays.

Composée d’un enchevêtrement de poutres massives de dimensions impressionnantes et plusieurs fois rénovée depuis le XIIe siècle, la charpente de Notre-Dame était constituée de chênes âgés déjà de 100 à 150 ans au moment de la construction, a expliqué un professionnel du secteur bois.

Pour être utilisés pour la reconstruction, les chênes devront avoir été plantés au plus tard au XIXe siècle.

« La matière première est la même qu’il y a mille ans. (...) Notre sylviculture est la même: on n’utilise pas d’engrais ni de produits phytosanitaires », dit Jean-Étienne Rime, président de Fransylva, une fondation regroupant les 3,5 millions de propriétaires privés de forêts en France.

Flèche

La reconstitution de la flèche, d’assez petite taille, ne devrait pas poser de problèmes. Elle avait déjà été reconstituée par Eugène Viollet-Le-Duc au XIXe siècle.

Échafaudages

Il va falloir prévoir des échafaudages géants et complexes. Et aussi probablement placer au-dessus de la cathédrale un parapluie géant pour que les combles sèchent. Puis les bois devront être enlevés, avec prudence, pour éviter tout déséquilibre. Commencera ensuite une longue phase de séchage. S’il fallait étayer les voûtes qui s’élèvent à 33 mètres, ce serait complexe en termes d’échafaudages.