Pédophilie: Benoît XVI accuse la révolution sexuelle

L’ancien pape Benoît XVI dresse un constat assez amer de la société occidentale.
Photo: Andrew Medichini Associated press L’ancien pape Benoît XVI dresse un constat assez amer de la société occidentale.

Le pape émérite Benoît XVI explique les scandales de pédophilie du clergé par la révolution sexuelle des années 1960, des idées théologiques nouvelles, ainsi que l’effondrement en Occident de la foi, dans une analyse rendue publique jeudi.

« La révolution de 1968 s’est battue pour une complète liberté sexuelle, qui n’admettait plus de normes », souligne le pape émérite allemand dans un texte touffu de 18 pages publié dans Klerusblatt, mensuel bavarois destiné au clergé.

« La pédophilie a alors également été diagnostiquée comme permise et appropriée », ajoute-t-il, dans cette lettre publiée par des sites catholiques américains.

Benoît XVI, qui vit reclus dans un petit monastère de la Cité du Vatican, s’exprime très rarement depuis sa démission voici six ans. Et son texte qui le ramène sous les projecteurs a fait l’effet d’une petite bombe, jeudi, chez certains théologiens ou pour des victimes d’abus sexuels.

Pourquoi la pédophilie a-t-elle pris de telles proportions? Au final, cela s’explique par l’absence de Dieu.

José Andres Murillo, un Chilien victime d’abus du clergé, a estimé jeudi que « le narcissisme théologique » de Benoît XVI avait « fait partie du problème de la culture d’abus et de silence de l’Église ».

Le théologien américain Brian Flanagan juge par exemple dans un tweet que le lien que Benoît XVI fait avec les années 1960 constitue « une explication fausse et embarrassante.

« Des cliques homosexuelles »

Dans son texte, le pape émérite allemand décrit « l’effondrement de grandeampleur » des vocations de prêtres après la révolution sexuelle des années 1960. Puisant des exemples dans son Allemagne natale, il raconte aussi comment « le radicalisme sans précédent des années 1960 » a fait souffler une « modernité » dans toutes les strates de la société, y compris dans les séminaires formant des prêtres.

« Des cliques homosexuelles se sont développées dans différents séminaires », sans trop se cacher, relève-t-il de manière surprenante pour illustrer son propos sur une certaine « dissolution de l’enseignement moral de l’Église ». Et un évêque avait par exemple décidé de montrer des films pornographiques aux séminaristes « avec l’idée de les rendre plus résistants à des comportements contraires à la foi », affirme-t-il.

Le pape émérite dresse en outre un constat assez amer d’une « société occidentale où Dieu a disparu de l’espace public » et où l’Église est perçue aujourd’hui comme « une sorte d’appareil politique ». « Pourquoi la pédophilie a-t-elle pris de telles proportions ? Au final, cela s’explique par l’absence de Dieu », devenu une « préoccupation d’ordre privé d’une minorité » de croyants, écrit-il.