Brexit: les oppositions se rapprochent

Le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, a rencontré Theresa May dans l’espoir d’en arriver à un scénario de sortie de crise mutuellement consenti.
Photo: HO / PRU / AFP Le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, a rencontré Theresa May dans l’espoir d’en arriver à un scénario de sortie de crise mutuellement consenti.

Les hésitations se poursuivent et les portes claquent. Le secrétaire d’État chargé de planifier un Brexit sans accord au sein du gouvernement de Theresa May, Chris Heaton-Harris, a démissionné mercredi, ne cachant pas son malaise face à la gestion erratique du processus par la première ministre.

Toujours à la recherche d’une issue dans la difficile séparation du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), Mme May a eu une première rencontre avec le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, dans l’espoir d’en arriver à un scénario de sortie de crise mutuellement consenti. Les représentants de l’Europe ont toutefois indiqué qu’il n’y aura pas de report de la date de sortie sans l’adoption par Westminster de l’accord de retrait.

« J’ai constamment voté au Parlement pour que nous quittions l’Union européenne le 29 mars. Je crois profondément que nous aurions dû honorer le résultat du référendum de 2016 et partir à cette date », a écrit Chris Heaton-Harris dans sa lettre de démission, qu’il a publiée sur Twitter. « Je ne peux tout simplement pas soutenir une nouvelle prolongation de l’article 50, et cela signifie évidemment que je ne peux pas rester au gouvernement. »

Depuis juillet 2016 et l’entrée en fonction de Mme May, 31 ministres ont démissionné de son cabinet, un niveau largement supérieur à ses prédécesseurs, et ce, dans un très court laps de temps.

Même si les divisions restent palpables au sein du Parti conservateur au pouvoir, mais également à l’intérieur de la Chambre sur la question du Brexit, Mme May et Jeremy Corbyn ont qualifié de « constructive » leur première réunion de travail pour tenter de rapprocher les partis. Rappelons que Mme May tient mordicus à obtenir un Brexit négocié qui comprend son accord, alors que M. Corbyn est désormais plus proche d’une séparation qui maintiendrait le Royaume-Uni dans un marché commun et une union douanière avec l’UE.

Le chef de l’opposition a toutefois souligné qu’« il n’y a pas autant d’évolution [que ce qu’il] attendait ». Les deux chefs de parti doivent poursuivre leur discussion jeudi.

Dans l’urgence, les députés ont adopté mercredi soir de justesse, et avec une majorité d’une voix à peine, une proposition de loi visant à forcer la première ministre à reporter la date du Brexit pour éviter une sortie sans accord de l’Union européenne. Plus tôt dans la journée, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, avait jugé que le niveau de risque de ce scénario du Brexit dit dur était désormais « alarmant ».

Le Parlement est contre un Brexit sans accord. Le gouvernement, comme l’a exprimé la première ministre, est contre un Brexit sans accord, l’Union européenne est contre une sortie sans accord.

« Le Parlement est contre un Brexit sans accord. Le gouvernement, comme l’a exprimé la première ministre, est contre un Brexit sans accord, l’Union européenne est contre une sortie sans accord », a-t-il rappelé sur les ondes de Sky News. Pourtant, « cela reste une possibilité », et même « l’option par défaut » si aucune solution au chaos actuel n’est trouvée avant le 12 avril, a-t-il poursuivi.

Mercredi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a répété que l’Union européenne n’accorderait pas de délai supplémentaire, au-delà du 12 avril, au Royaume-Uni, tant et aussi longtemps que l’accord de retrait ne sera pas adopté par les députés britanniques. Ce plan de sortie a été rejeté à trois reprises depuis janvier dernier.

Avec l'Agence France-Presse
 

Les scénarios du Brexit

Depuis janvier, le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est dans l’impasse. Alors que les échéances bougent et que les députés font du surplace, quels sont les scénarios possibles pour Theresa May ?

1. Une sortie sans accord
Après le rejet à trois reprises par les députés de l’accord de retrait négocié par Theresa May, c’est désormais l’option par défaut qui s’impose. À moins d’un changement de cap, cette sortie doit se faire le 12 avril prochain. Elle est redoutée autant par Londres que par Bruxelles, puisqu’elle représente une source infinie d’inconnues et d’incertitudes. Depuis lundi, l’UE juge toutefois la chose « chaque jour plus probable ».

2. Une sortie avec accord
Pour cela, les députés doivent entériner l’accord de retrait de Theresa May, rejeté à trois reprises. Ce geste est conditionnel à l’extension de la date de sortie consentie par les leaders des 27 pays membres de l’UE en mars dernier. L’accord n’est pas renégociable, a averti l’UE. La séparation se ferait alors le 22 mai.

3. Un report prolongé du Brexit
Indécis à la porte de sortie, Londres pourrait demander à Bruxelles de reporter à 2020 la date du Brexit. Pour cela, l’UE exige du Royaume-Uni la présentation d’un plan solide et concret justifiant ce long délai, comme le déclenchement d’élections générales ou la tenue d’un nouveau référendum. Le Royaume-Uni devrait alors prendre part aux élections européennes qui débutent le 23 mai prochain.

4. Un nouveau référendum
Près de trois ans après le référendum sur le Brexit, remporté par les tenants de la séparation, Londres pourrait lancer un nouvel exercice de consultation populaire pour sortir de la crise. Theresa May y est opposée, alors que plusieurs élus estiment que ce référendum pourrait porter sur l’accord de retrait négocié par la première ministre.
 

5. Le déclenchement d’élections générales


Face à une Chambre des communes incapable de s’entendre sur le Brexit, Theresa May pourrait déclencher des élections anticipées afin de rebrasser les cartes au sein du pouvoir législatif. Le mandat actuel des 650 députés se termine en 2022. Cette option a été évaluée sérieusement par les conservateurs cette semaine, mais a été rapidement rejetée, puisque le parti de la première ministre, en baisse dans les sondages, aurait beaucoup trop à perdre d’une telle anticipation.

6. L’annulation du Brexit
C’est le choix le plus risqué pour les élus et pour la première ministre, puisqu’il reviendrait à faire fi de la voix du peuple, qui s’est exprimé par référendum en 2016. N’empêche, pour mettre fin au supplice de la goutte, Londres pourrait mettre fin aux procédures du Brexit de manière unilatérale et sans obtenir l’accord de l’UE. Le Parlement devrait alors autoriser cet arrêt des procédures de séparation par vote.