Brexit: les députés à la recherche d’une alternative à l’accord de May

La première ministre britannique Theresa May
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse La première ministre britannique Theresa May

Les députés britanniques tentent de nouveau lundi de trouver une solution alternative face à l’accord de Brexit de Theresa May, espérant pouvoir dégager une majorité pour faire pression sur la dirigeante conservatrice, au moment où la patience des Européens s’épuise.

La semaine dernière, les parlementaires avaient déjà tenté de prendre le contrôle du processus de sortie de l’UE en examinant huit options proposées par les députés eux-mêmes, pour sortir de l’impasse dans laquelle le Royaume-Uni est engagé faute de soutien à l’accord négocié par Mme May avec Bruxelles. En vain : ils avaient voté contre les huit scénarios proposés.

Après l’ajournement du Brexit, initialement prévu pour le 29 mars, afin d’éviter une sortie sans accord, ils s’apprêtent à voter sur un nombre réduit d’options, qui seront sélectionnées vers 18 h (14 h à Montréal) par le président de la Chambre des communes, John Bercow. Le résultat de ces votes sera connu autour de 22 h 30 (18 h 30 à Montréal).

Parmi les solutions proposées devraient figurer celles qui ont recueilli le plus de suffrages mercredi, soit l’idée d’organiser un référendum sur tout accord de divorce conclu avec Bruxelles, et celle d’établir une union douanière avec l’UE. Les deux avaient bénéficié du soutien de l’opposition travailliste.

La proposition d’un modèle « Norvège+ », également connue sous le nom de « Common Market 2.0 », pourrait aussi se distinguer. Elle signifierait la mise en place d’une union douanière spécifique avec l’UE.

« Nous avons de l’espoir », a déclaré lundi sur la BBC le député conservateur Nick Boles, porteur de la proposition « Norvège+ ». « Ce qui compte, c’est que nous atteignions une majorité stable à la Chambre des communes, tous partis confondus. »

Cependant, Theresa May a déjà signifié qu’elle s’opposerait au choix des députés s’il se portait vers le maintien dans le marché unique ou vers une union douanière, car Londres perdrait la possibilité de suivre une politique commerciale autonome après le Brexit.

Le Brexit est un spectacle lamentable, je le dirai sans aucune diplomatie.

 

Le vote des députés n’intervient qu’à titre indicatif. Mais il ne serait pas « viable » pour le gouvernement de l’ignorer, a estimé dimanche le ministre de la Justice, David Gauke, à un moment où Theresa May a perdu tout semblant d’autorité sur son parti (conservateur) et même ses ministres qui n’en font qu’à leur tête.

Évoquant les membres du gouvernement, le whip en chef Julian Smith, chargé de faire respecter la discipline parlementaire chez les députés conservateurs, a dénoncé ce qu’il considère comme le « pire exemple d’indiscipline de l’histoire politique britannique », dans une rare prise de position publique.

Theresa May les a appelés à s’abstenir au cours des votes de lundi.

Elle n’a par ailleurs pas renoncé à présenter une nouvelle fois son accord de divorce, déjà rejeté trois fois depuis mi-janvier, s’il a « une chance raisonnable de succès », a déclaré son porte-parole lundi.

Vers des élections anticipées ?

Vendredi, elle avait laissé planer la perspective d’élections anticipées, soulignant les « limites » du processus parlementaire.

Mais l’entreprise n’est pas sans risque : Mme May avait déjà convoqué des élections en juin 2017, espérant asseoir son autorité avant d’entamer les négociations avec l’UE. Elles s’étaient soldées par un revers, son parti ayant dû s’allier avec la petite formation nord-irlandaise DUP pour pouvoir gouverner.

Selon Julian Smith, c’est cette perte de majorité qui conduira « inévitablement » à « une forme de Brexit plus modéré » compte tenu de « l’arithmétique parlementaire ».

Quelle que soit la voie choisie, Theresa May doit présenter ses plans au prochain sommet européen exceptionnel convoqué pour le 10 avril.

Vendredi, elle avait rappelé que l’option « par défaut » était celle d’un Brexit sans accord (« no deal ») le 12 avril, redouté par les milieux économiques. A moins qu’elle ne demande un nouveau report, de plus longue durée, mais celui-ci doit être justifié et obligerait le Royaume-Uni à organiser des élections européennes fin mai.

En face, la patience des dirigeants européens est en train de « s’épuiser », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, sur la chaîne de télévision italienne Rai 1.

« Le Brexit est un spectacle lamentable, je le dirai sans aucune diplomatie », a aussi lâché ce week-end Michael Roth, le ministre allemand chargé des Affaires européennes.

L’eurodéputé Guy Verhofstadt, référent sur le Brexit au Parlement européen, a quant à lui exhorté lundi les députés britanniques à « trouver un compromis aujourd’hui et arrêter ce chaos », dans un tweet.