Brexit: troisième camouflet pour Theresa May

«Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves», a indiqué la première ministre Theresa May.
Photo: Mark Duffy UK Parliament AFP «Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves», a indiqué la première ministre Theresa May.

Le supplice de la goutte se poursuit au Royaume-Uni, où les députés ont rejeté massivement et pour une troisième fois de suite l’accord de retrait de l’Union européenne vendredi. Un geste prévisible depuis le début de la semaine et qui précipite le Brexit dans deux semaines et dans un cadre toujours incertain, à moins que les élus décident de suspendre le divorce ou de le reporter.

« Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves », a indiqué la première ministre Theresa May en rappelant qu’elle donne désormais quatorze jours aux élus pour trouver une autre solution. « Ce n’est pas assez pour s’entendre, légiférer et ratifier un accord », et ce, au sein d’un Parlement qui a décidé récemment qu’une sortie de l’UE sans accord n’était pas une option envisageable.

L’adoption du traité de 600 pages négocié pendant 18 mois par Theresa May avec l’Union européenne était une condition imposée par Bruxelles pour reporter la date du Brexit, initialement prévue le 29 mars à 23 h, au 22 mai prochain. Il a été rejeté par 344 députés contre 286, dont plusieurs membres du Parti conservateur au pouvoir, confirmant ainsi les divisions sur la question au sein même de la formation politique de Mme May. Par défaut, le Royaume-Uni doit sortir de l’UE le 12 avril sans accord, à moins que le pays décide de donner à l’histoire une autre trajectoire.

Dans un geste ultime pour sauver son accord et livrer le Brexit, comme elle le martèle depuis le début de l’année, la première ministre avait promis cette semaine de quitter prématurément son poste si le texte négocié était adopté vendredi par les députés britanniques. Signe de blocage du processus de divorce en cours, après 46 ans de mariage avec l’Union européenne, Westminster a rejeté mercredi huit scénarios alternatifs visant à mettre fin à l’interminable saga du Brexit déclenché en juin 2016 par voie référendaire. Parmi eux se trouvait la tenue d’un référendum sur l’accord négocié, la fin du Brexit ou encore l’établissement d’un nouveau contrat d’union au sein d’un marché commun redéfini.

Un sommet européen spécial a été convoqué le 10 avril prochain pour appréhender la suite des choses, a indiqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, dans la foulée du vote. Plusieurs pays de l’Union, dont la France et l’Allemagne, ne cachent pas leur agacement face à des procédures de divorce qui, malgré le temps consacré à leur négociation et à la défense des intérêts des deux partis, n’en finissent plus de s’éterniser.

Si le Royaume-Uni décide de prolonger sa présence au sein de l’Union, le pays va devoir prendre part aux élections européennes qui se tiennent en mai prochain et annoncer ses couleurs au plus tard le 11 avril prochain à la Commission électorale de l’Union européenne.

Rappelons que sans la Grande-Bretagne, l’Union européenne perd techniquement 15 % de son poids économique et 25 % pour son influence diplomatique. Par ailleurs, le Royaume-Uni se soustrait également d’un marché unique et d’accords de commerce négociés par l’Europe avec près de 70 pays, dont le Canada fait partie. Des liens que Londres va devoir renégocier, une fois sa sortie confirmée.

Pour le chef de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, l’échec de Theresa May commande désormais une nouvelle approche et un vent de changement. « Et si la première ministre ne peut l’accepter, elle doit partir. Pas à une date indéterminée, mais maintenant », a-t-il lancé en Chambre.

Le politicien s’est montré outré par le stratagème utilisé par le gouvernement pour soumettre au vote une troisième fois son accord en contournant l’interdiction du président de la Chambre, qui ne voulait pas qu’un texte rejeté une fois soit représenté dans une même session parlementaire. Seul l’accord sur la frontière irlandaise, sur les droits des expatriés et sur les coûts du Brexit a été présenté aux élus, la partie contenant la Déclaration politique sur la future relation du Royaume-Uni avec l’UE ayant été retirée.

Les députés de Westminster doivent se réunir à nouveau lundi pour décider des scénarios de sortie de la crise, et ce, même si pour Theresa May, la Chambre a visiblement « atteint les limites du processus », a-t-elle indiqué.