La suite du Brexit sans Theresa May

La première ministre, mercredi, quittant le 10 Downing Street
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse La première ministre, mercredi, quittant le 10 Downing Street

Avant la sortie retardée du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), c’est finalement à la sortie anticipée de Theresa May du gouvernement que les Britanniques pourraient bien assister dans les prochaines semaines. Mercredi, la première ministre a en effet pris l’engagement de démissionner avant la fin de son mandat si son accord de retrait, rejeté à deux reprises depuis le début de l’année, était finalement adopté cette semaine.

Par ailleurs, la Chambre des communes n’a pas été en mesure de dégager une majorité autour de plusieurs scénarios soumis pour sortir de l’impasse, laissant le Brexit dans le même brouillard.

« Nous devons conclure l’accord et livrer le Brexit », a résumé Theresa May lors d’une rencontre avec ces députés dont les grandes lignes ont été dévoilées par son bureau dans l’après-midi. « Il y a le désir d’une nouvelle approche — et d’un nouveau leadership — dans la seconde phase de négociation du Brexit [que l’adoption de l’accord de retrait doit normalement déclencher] et je ne vais pas y faire obstacle », a-t-elle ajouté, précisant : « Je suis donc prête à quitter cet emploi plus tôt que prévu pour faire ce qui est juste pour notre pays et notre parti. »

Même s’il est conditionnel, le départ annoncé de Theresa May vise à sauver, dans un geste ultime, un Brexit qui s’enlise depuis des mois, et ce, en cherchant à convaincre les députés réfractaires à son accord de finalement l’entériner. Mme May a dit avoir « très clairement entendu l’humeur des parlementaires », dont plusieurs ont appelé dans les derniers jours à la démission de la première ministre.

Je suis prête à quitter cet emploi plus tôt que prévu pour faire ce qui est juste pour notre pays et notre parti

Rappelons que le Royaume-Uni a obtenu de l’Union européenne le droit de reporter au 22 mai prochain la date de sortie qui devait se jouer le vendredi 29 mars. La prolongation est assujettie toutefois à l’adoption de l’accord de retrait par Westminster cette semaine. Un troisième vote pourrait avoir lieu jeudi ou vendredi. En cas de rejet, le Brexit aurait alors lieu le 12 avril, dans un cadre toujours incertain.

Le président de la Chambre, John Bercow, a toutefois rappelé mercredi que les procédures parlementaires n’allaient pas permettre à Theresa May de soumettre au vote une troisième fois un texte qui n’a pas été modifié. Depuis janvier et son premier rejet par les élus, l’Union européenne a refusé de rouvrir l’accord pour en renégocier les termes litigieux, dont le « backstop », disposition pour protéger la frontière invisible entre les deux Irlandes, fait partie.

Réconcilier l’irréconciliable

« Theresa May va de revers en revers depuis des mois et elle n’a plus vraiment le choix de mettre cartes sur table pour sortir de l’impasse, a commenté David Pavot, qui enseigne le droit international à l’Université de Sherbrooke. L’annonce de son départ est un rebondissement de plus dans un dossier qui n’a pas fini de rebondir », en raison des factions qui s’opposent sur le Brexit avec des positions impossibles à concilier. « Theresa May n’est pas arrivée à faire converger les tenants d’un Brexit dur et les partisans d’un maintien dans l’UE vers son accord. Avec son annonce d’aujourd’hui, elle espère enfin faire changer les choses », a-t-il indiqué au Devoir.

La première ministre n’a pas précisé la date de son départ du 10 Downing Street, mais il pourrait se faire en juillet prochain, après le déclenchement d’une course à la chefferie au parti conservateur, possiblement après le 22 mai prochain. Mme May ferait alors une dernière sortie sur la scène internationale comme chef du gouvernement britannique au sommet du G20 à Osaka, le 28 juin, avant de passer le flambeau.

Ironie du sort, l’engagement de Mme May de quitter la tête du gouvernement a été formulé le jour même où un sondage révélait que pour les Britanniques, elle est encore, dans le drame en cours, la plus apte à diriger le pays. Même si les appuis à toute la classe politique sont en baisse, 30 % lui font toujours confiance, selon les plus récentes données d’Ipsos MORI dévoilées mercredi. Derrière elle, Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition ne reçoit que 21 % d’appui et Boris Johnson, une figure particulièrement audible du référendum de 2016, promoteur d’un Brexit dur et dont le nom est évoqué pour remplacer Mme May, arrive à 24 %.

À la Chambre des communes, les députés ont rejeté massivement l’idée d’un Brexit sans accord par une majorité écrasante de 400 contre 160, mais également de mettre fin aux processus de divorce par une majorité de 293 contre 184. Ils ont également par une mince marge mis au rancart l’idée de tenir un nouveau référendum non pas sur le Brexit, mais sur l’accord négocié par Theresa May. Ces votes étaient « indicatifs » et peu importe leur résultat, Theresa May avait annoncé qu’elle s’opposerait au choix des députés s’il s’inscrivait en contradiction avec les engagements de sortir du marché unique et de l’union douanière européenne.

 
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Des manifestants opposés au Brexit faisaient entendre leur voix mercredi devant le parlement britannique, à Londres, alors que les élus ont voté plusieurs scénarios pour sortir de l’impasse.

Le Canada aux aguets

« Tous les scénarios restent encore dans l’air, a commenté M. Pavot. Mais il est évident que si l’impasse perdure, les Européens risquent de s’impatienter et de décider de mettre fin eux-mêmes, d’une manière ou d’une autre, à ce processus. »

Les derniers développements du Brexit sont suivis de près par le gouvernement fédéral canadien, qui cherche à minimiser les conséquences de ce processus sur ses échanges avec le premier partenaire commercial européen du Canada. « Le gouvernement du Canada s’est engagé dès le départ à assurer la continuité, la prévisibilité et la stabilité des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni, a indiqué le cabinet du ministre de la Diversification du commerce international, Jim Carr, au Devoir. Nous collaborons avec le Royaume-Uni et l’Union européenne afin d’assurer une transition harmonieuse. »

Selon lui, les deux pays tiennent des « discussions techniques pour trouver des moyens de maintenir un accès préférentiel au marché dans le cas d’un Brexit “sans accord” », mais il reconnaît que faute d’une sortie de l’Union européenne, « la négociation d’un accord de libre-échange » n’est toujours pas possible.

Je suis prête à quitter cet emploi plus tôt que prévu pour faire ce qui est juste pour notre pays et notre parti