Brexit: des Britanniques dans l’impasse et frustrés

À peine 7% des 2600 personnes sondées ont une perspective optimiste sur la suite des choses, contre 29% un an plus tôt.
Photo: Paul Ellis Agence France-Presse À peine 7% des 2600 personnes sondées ont une perspective optimiste sur la suite des choses, contre 29% un an plus tôt.

Dans l’impasse et de plus en plus frustrés. Quelque 81 % des Britanniques estiment que leur gouvernement a très mal géré le Brexit jusqu’à maintenant, indique une étude dévoilée mardi. Ils n’étaient que 41 % à porter ce jugement sévère sur leurs élus, il y a un an.

La frustration rapproche même les tenants de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) et les adeptes d’un maintien du pays au sein de l’Europe, qui condamnent presque en parts égales — 80 % et 85 % — le mauvais travail du gouvernement, tenu responsable de la paralysie du processus, selon les derniers chiffres de l’enquête longitudinale du National Centre for Social Research (NatCen). Du reste, à peine 7 % des 2600 personnes sondées ont une perspective optimiste sur la suite des choses, contre 29 % un an plus tôt, et ce, alors que le Brexit était toujours dans le brouillard à Londres mardi.

7%
C’est la part de sondés encore optimistes sur les suites du Brexit.

Theresa May a perdu en effet tout espoir de faire adopter cette semaine son accord de retrait négocié avec l’Europe, une condition imposée pourtant par le Conseil européen pour permettre un report de la date de sortie au 22 mai prochain. « Nous ne laisserons pas la première ministre ou la horde de “Remainers” [les tenants d’un maintien dans l’UE] au Parlement nous forcer à soutenir un accord de Brexit toxique », a indiqué sur Twitter Sammy Wilson, député responsable du Brexit au sein du parti nord-irlandais DUP, dont l’appui est pourtant crucial pour donner une majorité à Theresa May à la Chambre des communes et faire passer son accord.

L’Irlande du Nord est au coeur du rejet de l’accord négocié en raison d’une disposition du traité qui prévient le rétablissement d’une frontière physique entre la République d’Irlande, qui fait partie de l’UE, et l’Irlande du Nord, qui compose le Royaume-Uni. Une frontière invisible a été implantée dans le cadre des accords de paix de 1998 entre les deux Irlandes. Il n’en a jamais été question lors de la campagne référendaire du Brexit. Or, à l’usage, Londres et Bruxelles ont dû s’entendre sur un filet de sécurité afin de faire sortir le Royaume-Uni du marché unique et de l’union douanière européenne sans rétablir cette frontière. Or, ce « backstop », comme on l’appelle, empêcherait dans les faits un retrait réel de l’UE et maintiendrait sous les règlements de Bruxelles un Royaume-Uni séparé du reste de l’Union. Une quadrature du cercle.

Dans ce contexte, les députés britanniques cherchaient toujours une porte de sortie dans l’impasse après avoir adopté lundi un amendement leur permettant d’organiser mercredi une série de votes indicatifs sur la forme que devrait prendre le Brexit. Le maintien dans le marché unique, un nouveau référendum ou l’annulation de la sortie de l’UE pourraient faire partie des scénarios mis sur la table. Rappelons que sans l’adoption de l’accord de retrait, Londres va avoir jusqu’au 12 avril prochain pour présenter son nouveau scénario à l’UE et obtenir un nouveau délai qui impliquerait alors la tenue d’élections européennes à la fin du mois de mai dans le pays.

Dans ce climat, la pétition déposée sur le site du Parlement pour réclamer la fin du Brexit et le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne a récolté plus de 5,7 millions de signatures, à ce jour.

Avec l'Agence France-Presse