Les manifestations des gilets jaunes interdites sur les Champs-Élysées

Samedi dernier, la journée de mobilisation des gilets jaunes s’était soldée par des affrontements avec les forces de l’ordre et des pillages sur les Champs-Élysées.
Photo: Thomas Samson Archives Agence France-Presse Samedi dernier, la journée de mobilisation des gilets jaunes s’était soldée par des affrontements avec les forces de l’ordre et des pillages sur les Champs-Élysées.

Les manifestations des gilets jaunes seront proscrites samedi sur l’avenue parisienne des Champs-Élysées et d’autres sites emblématiques, notamment à Bordeaux et à Toulouse, hauts lieux de la contestation qui secoue le pays depuis quatre mois.

Ces décisions font suite à la dernière journée de mobilisation de ces opposants à la politique économique et sociale d’Emmanuel Macron, qui s’était soldée samedi dernier par des affrontements avec les forces de l’ordre et des pillages de boutiques de luxe sur les Champs-Élysées.

Les images de la très chic brasserie Fouquet’s et de magasins en feu ont fait le tour du monde et suscité des critiques dans le pays sur l’inefficacité des mesures de maintien de l’ordre. Le préfet de police de Paris a été dans la foulée limogé par le gouvernement.

Dans l’espoir d’éviter un nouveau scénario violent, son successeur a décidé de fermer samedi les Champs-Élysées aux manifestants ainsi qu’un large périmètre aux alentours, incluant le palais présidentiel de l’Élysée et l’Assemblée nationale.

La circulation des véhicules sera par ailleurs interdite dans le secteur du palais de l’Élysée dès 7 h samedi.

« Il existe des raisons sérieuses de penser que ces violences et dégradations sont susceptibles de se reproduire à l’occasion des rassemblements annoncés » samedi, selon l’arrêté signé par le nouveau préfet de Paris, Didier Lallement.

Il en sera de même pour Nice, au sud-est du pays, qui accueille une visite officielle du président chinois Xi Jiping. Plusieurs périmètres de la ville seront interdits à toute personne, exceptés aux résidents, avec un filtrage de l’accès par la police, des palpations et des fouilles.

Les villes de Toulouse et de Bordeaux, qui ont parfois rassemblé davantage de manifestants que la capitale et ont également été le théâtre de violences, ont pris des arrêtés semblables.

Hors de ces périmètres, « le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, pourra s’exercer librement », a précisé la préfecture de Paris, mais « tout attroupement donnant lieu à des débordements sera immédiatement dispersé ».

Un groupe de gilets jaunes dit avoir déclaré en préfecture le parcours d’une manifestation qui doit relier samedi Denfert-Rochereau, au sud de la capitale, au Sacré-Coeur, au nord.

Macron désamorce une polémique

Le président français, Emmanuel Macron, a tenté vendredi de désamorcer la polémique née de l’annonce d’une mise à contribution de militaires lors des manifestations de gilets jaunes samedi, assurant que l’armée n’était « en aucun cas en charge du maintien de l’ordre ».

« Un faux débat » provoqué par « ceux qui jouent à se faire peur et à faire peur », a tranché le chef de l’État depuis Bruxelles, lors d’une conférence de presse.

Faite mercredi, l’annonce du recours annoncé aux soldats de l’opération antiterroriste Sentinelle pour soulager la charge des forces de l’ordre a suscité un tollé politique, l’opposition dénonçant un mélange des genres et un risque d’escalade.

La polémique a encore gonflé après des déclarations du gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, évoquant une éventuelle « ouverture du feu ».

Le gouvernement a tenté depuis d’expliquer que ces soldats — chargés depuis les attentats de janvier 2015 de surveiller gares, aéroports et sites stratégiques — ne seraient pas appelés à faire du maintien de l’ordre et ne seraient en aucun cas au contact des manifestants.

Pour M. Macron, « c’est exactement la même chose que ce qui avait été décidé au mois de décembre et à plusieurs reprises par le passé, c’est-à-dire faire appel aux militaires de l’opération Sentinelle pour ce qui est leur mission, lutter contre le terrorisme et protéger des sites sensibles, pour pouvoir décharger les policiers et les gendarmes de ces missions ».

« Il n’a jamais été question de confier à Sentinelle […] des missions de maintien de l’ordre », a renchéri dans la soirée sur RTL la ministre des Armées, Florence Parly. « Il n’est donc pas envisageable que des militaires des armées françaises puissent ouvrir le feu sur des manifestants », a-t-elle ajouté. « Les soldats de Sentinelle ne seront pas aux endroits où il y aura des manifestations, il n’y aura donc pas de face à face. »