Une pétition pour mettre fin au divorce

La division des Britanniques est encore très forte face au Brexit, qu’une majorité de 52 % a approuvé en juin 2016 par voie référendaire.
Photo: Francisco Seco Associated Press La division des Britanniques est encore très forte face au Brexit, qu’une majorité de 52 % a approuvé en juin 2016 par voie référendaire.

54 jours. Et peut-être même moins. Voilà le temps supplémentaire que le Conseil européen a octroyé au Royaume-Uni jeudi pour finaliser ses procédures de divorce avec l’Union européenne, soit bien moins que ce que réclamait la première ministre Theresa May. Cette prolongation est toutefois conditionnelle à l’adoption de l’accord de retrait par les députés britanniques, qui l’ont déjà rejeté à deux reprises depuis le début de l’année.

Dans ce climat d’incertitude grandissante, en moins de 24 heures, une pétition en ligne présentée sur le site du Parlement britannique a récolté en fin de journée jeudi plus de 1,6 million de signatures réclamant la fin des procédures du Brexit et le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Une idée repoussée du revers de la main par la première ministre, qui garde espoir de convaincre dans les prochains jours une majorité d’élus d’adopter son plan de sortie.

« À moins d’un vote positif des députés lundi prochain sur l’accord négocié par Theresa May avec l’UE, cette prolongation ne vient pas donner réellement du temps au Royaume-Uni pour sortir de l’impasse, mais plutôt allonger le temps de l’agonie, a indiqué jeudi en entrevue au Devoir Alexander Mac-Leod, professeur de science politique à l’UQAM et spécialiste de la politique britannique et européenne. Tous les scénarios restent sur la table, mais au bout du compte, la Grande-Bretagne risque surtout de ressortir amoindrie de cet exercice. »

54
C’est le nombre maximum de jours supplémentaires que l’Union européenne a accordé au processus du Brexit.

Dans son nouveau développement, ce départ du Royaume-Uni de l’Union européenne était toujours dans l’impasse jeudi, et ce, même après la décision des leaders européens de donner un peu de lest à Londres pour finaliser le Brexit. Theresa May souhaitait disposer de trois mois pour ce faire, soit jusqu’au 30 juin, mais l’UE a plutôt jonglé avec des options moins étendues afin de ne pas porter atteinte à l’institution qui entre en élections le 23 mai prochain.

Par ailleurs, sans l’adoption de l’accord de retrait, le Brexit serait alors précipité au 12 avril et forcerait alors Londres à participer aux élections européennes. C’est à la veille de cette date que la Commission électorale de l’UE va devoir en effet connaître les intentions du Royaume-Uni sur cette question.

Face à tant de flou, l’idée de mettre fin aux procédures de divorce pourrait devenir un scénario « plausible », dit M. MacLeod, même si « cette option serait insoutenable pour le gouvernement, ajoute-t-il. Après que tous les scénarios envisagés ont été rejetés par les députés, le maintien du Royaume-Uni dans l’UE semble en effet la seule qui pourrait avoir encore un peu de poids ».

La division des Britanniques est encore très forte face au Brexit, qu’une majorité de 52 % a approuvé en juin 2016 par voie référendaire. « Beaucoup ont voté pour le Brexit sans en mesurer les conséquences », dit M. MacLeod, qui croit que les politiciens britanniques ont désormais l’obligation de trouver une solution. « Les gens sont fatigués du Brexit. Depuis 2016, on ne parle que de ça, et peu importe la solution, elle va être vécue comme un soulagement. »