Un Brexit toujours entre impatience et incertitude

Theresa May tend l’oreille lors de la période de questions au parlement britannique, mercredi.
Photo: Mark Duffy Parlement britannique Agence France-Presse Theresa May tend l’oreille lors de la période de questions au parlement britannique, mercredi.

« Il faut arrêter cette folie. » Mercredi, l’ex-députée conservatrice britannique Heidi Allen a tiré à boulets rouges sur la première ministre Theresa May à neuf jours du Brexit, accusant le gouvernement d’être « au bord de détruire le pays », et ce, en maintenant encore et toujours dans l’impasse la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), prévue le 29 mars prochain.

Dans l’interminable feuilleton du Brexit, Londres a officiellement demandé mercredi à Bruxelles de prolonger de trois mois l’échéancier de la séparation amorcée après que 52 % des Britanniques eurent choisi cette option par voie référendaire en juin 2016. Un délai jugé « possible » par le président du Conseil européen, Donald Tusk, à condition toutefois que les parlementaires britanniques entérinent rapidement l’accord de retrait négocié par Theresa May avec l’UE, a-t-il indiqué. Cet accord a été rejeté massivement à deux reprises par Westminster depuis janvier dernier. Le gouvernement britannique a reporté à lundi prochain un troisième vote sur l’accord initialement prévu mercredi de cette semaine.

Les chefs d’État et premiers ministres de l’Union européenne se rencontrent jeudi et vendredi à Bruxelles pour discuter de la demande britannique de suspendre temporairement la date du Brexit et de la reporter au 30 juin prochain. Dans une lettre qui leur a été adressée mercredi, M. Tusk leur recommande d’acquiescer à la demande de Londres, sous condition. « Même si une fatigue du Brexit est de plus en plus visible et justifiée, nous ne pouvons pas abandonner la recherche d’une solution positive jusqu’au dernier moment, bien sûr, sans ouvrir de nouveau l’accord de retrait », a-t-il indiqué lors d’une déclaration publique en fin de journée mercredi.

Élections européennes

Lors d’une annonce à la nation diffusée sur le Web en fin de journée mercredi, Theresa May a remis une nouvelle fois dans les mains des députés l’avenir du Brexit et la responsabilité de l’échec en rappelant que l’accord qu’ils ont rejeté est le « meilleur possible ». Elle a également exclu la possibilité de tenir des élections générales pour sortir de l’impasse ou même d’appeler les Britanniques aux urnes pour un deuxième référendum. « Il est temps pour les députés de choisir, a-t-elle dit. Veulent-ils partir avec l’accord ? Veulent-ils partir sans accord ? Ou veulent-ils ne plus partir du tout, causant ainsi des dégâts importants dans la confiance du public, pas seulement envers une génération de politiciens, mais envers le processus démocratique au complet. »

Les 27 pays membres de l’UE doivent accepter à l’unanimité la demande de Londres. Or, plusieurs pays estiment que ce délai est trop long et fait peser « un risque politique » pour l’institution puisqu’il va au-delà du 23 mai, soit la date des prochaines élections européennes auxquelles le Royaume-Uni n’a pas prévu de participer en raison de son départ anticipé de l’Union. Ces élections se préparent à changer les visages et possiblement les forces politiques en place au Parlement européen.

Qui plus est, selon Press Association, un regroupement de journaux britanniques, la France, l’Espagne, la Belgique et l’Italie seraient prêtes à rejeter la demande de prolongation, à moins d’avoir la certitude que l’accord de retrait va être adopté par les députés britanniques pour sortir de l’impasse. Le président français, Emmanuel Macron, pourrait d’ailleurs maintenir la ligne dure face à Londres, qu’il exhorte à porter rapidement ce Brexit à sa conclusion. C’est que l’interminable processus de divorce retarde de facto ses importants plans de réforme de l’Union européenne, dont il espère retirer des gains politiques.

Mercredi, l’ex-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Simon Fraser, cité par la BBC, a qualifié d’« irresponsable » l’appel à un troisième vote sur l’accord de retrait quelques jours à peine avant la date de sortie de l’Union. En cas de rejet, le Royaume-Uni ferait alors face à un scénario de divorce sans accord, une perspective jugée catastrophique en raison de l’incertitude qui va alors accompagner les nouvelles relations entre l’UE et le Royaume-Uni.

Selon lui, les pays européens ont une position unie et réclament des raisons valables et claires pour accorder un report de la date du divorce, chose que Londres ne semble pas en mesure de leur offrir. Le Royaume-Uni a tenu un référendum pour quitter l’Europe sans que les gens réalisent « ce que cela impliquait réellement », a-t-il dit.