Brexit: comment réussir le divorce?

<p>Depuis le début de la semaine, le processus de soustraction du traité d’Union européenne amorcé par le Royaume-Uni s’enlise.</p>
Photo: Jessica Taylor UK Parliament Agence France-Presse

Depuis le début de la semaine, le processus de soustraction du traité d’Union européenne amorcé par le Royaume-Uni s’enlise.

Le brouillard s’épaissit toujours plus sur la Grande-Bretagne. Par une majorité écrasante, les parlementaires britanniques ont rejeté jeudi l’idée de tenir un nouveau référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, mais ils ont aussi massivement voté pour le report de la date de départ prévue le 29 mars prochain, faute de pouvoir s’entendre sur le cadre du Brexit.

Depuis le début de la semaine, le processus de soustraction du traité d’Union européenne amorcé par le Royaume-Uni après la victoire des tenants de la séparation de l’UE lors du référendum sur le Brexit de juin 2016 s’enlise. Les élus ont coup sur coup refusé d’entériner l’accord de séparation négocié entre Londres et Bruxelles par la première ministre Theresa May, mais également l’idée d’un départ de l’UE sans accord. Le document de 600 pages négocié par Theresa May avait été rejeté une première fois par la Chambre lors d’un vote tenu au début de l’année.

Dans ce contexte, 413 députés ont voté jeudi soir pour la proposition du gouvernement de retarder la date de sortie de l’Union européenne, alors que 202 s’y sont opposés. Les pays membres de l’Union européenne doivent toutefois accepter unanimement cette demande de suspension temporaire de la date de sortie et le choix d’une nouvelle date butoir pour le Brexit lors du prochain sommet des chefs d’État et des premiers ministres de l’Union européenne, le 21 mars prochain.

Pour Theresa May, la sortie pourrait alors se jouer le 30 juin 2019, à condition toutefois que les élus britanniques acceptent son plan de séparation, qu’elle va soumettre au vote pour une troisième fois depuis le début de l’année le 20 mars prochain. Dans le cas contraire, une nouvelle prolongation pourrait être demandée, et forcer le Royaume-Uni à prendre part aux élections européennes qui vont se tenir entre le 23 et le 29 mai prochain. Ces élections n’avaient pas été envisagées par Londres en raison des démarches en cours pour quitter l’institution politique internationale.

Notons toutefois que le texte de l’accord de séparation reste inchangé, puisque les négociateurs de l’UE ont indiqué que l’entente, scellée en octobre dernier au terme de 18 mois de discussion, n’était pas ouverte à une nouvelle négociation.

Photo: Isabel Infantes Agence France-Presse Theresa May photographiée alors qu’elle sortait du 10 Downing Street pour se rendre au parlement.

La délicate question de la frontière entre les deux Irlandes — la République d’Irlande fait partie de l’UE et l’Irlande du Nord est une composante du Royaume-Uni — reste le principal point d’achoppement du Brexit. En substance, cette frontière, invisible depuis les accords de paix de 1998, pourrait maintenir le Royaume-Uni dans l’union douanière européenne après le Brexit, et ce, sans que le pays ait son mot à dire sur les réglementations adoptées par les élus européens.

« Après plusieurs jours de chaos et de défaites du gouvernement, nous avons désormais la chance et l’obligation de trouver ensemble une solution à la crise dans laquelle le pays est entré », a indiqué au sein de la Chambre le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, dans la foulée du vote réclamant le report de la date de sortie. « La première ministre doit admettre publiquement que son accord tout comme une sortie sans accord ne demeurent plus désormais des options viables. »

M. Corbyn a par ailleurs réitéré son appel à la tenue d’un nouveau vote populaire afin de sortir de l’impasse, et ce, même si, plus tôt dans la journée, il a demandé aux élus de sa formation politique, les travaillistes, de ne pas appuyer une motion appelant à la tenue d’un nouveau référendum sur le Brexit. Selon lui, le temps n’était alors pas encore venu pour cette autre consultation du peuple par les urnes.

En marge d’une rencontre avec le premier ministre de la République d’Irlande, Leo Varadkar, à la Maison-Blanche jeudi, le président américain, Donald Trump, s’est ingéré dans le Brexit en qualifiant d’« injuste pour ceux qui ont gagné » la possibilité de tenir un nouveau référendum sur cette question. Proche de l’ex-chef du parti indépendantiste britannique, le populiste Nigel Farage, il s’est également étonné de la tournure de cette séparation et s’est montré déçu que Theresa May n’ait pas écouté ses conseils pour négocier. « Je suis surpris de voir à quel point tout se passe mal, a-t-il indiqué. Franchement, je pense que cela aurait pu être négocié d’une autre façon. […] Je déteste voir tous ces déchirements maintenant. »

La division reste toujours très forte au sein du Parlement, tout comme chez les Britanniques, sur la question du Brexit. Elle l’est aussi dans les rangs du Parti conservateur au pouvoir. En effet, 188 députés du parti de la première ministre ont rejeté l’appel au report de la date de sortie du pays de l’Union, pourtant soutenu par Theresa May, contre 112 qui l’ont appuyé.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 15 mars 2019 05 h 02

    La question de l’Irlande du nord reste problématique !

    L’histoire a la tête dure. Pourquoi l’Irlande du Nord n’est-t’elle pas Irlandaise ? À cause de l’appétit insatiable des anglais?

    Ils vont maintenant faire une indigestion.

    Autre épisode du vaudeville anglais!