Le brouillard s’épaissit au Royaume-Uni

Le vote des élus britanniques faisait suite à leur deuxième refus, mardi, de l’accord négocié par Theresa May pour un Brexit qui maintient le pays dans la plus grande incertitude.
Photo: Jessica Taylor Agence France-Presse Le vote des élus britanniques faisait suite à leur deuxième refus, mardi, de l’accord négocié par Theresa May pour un Brexit qui maintient le pays dans la plus grande incertitude.

Le Royaume-Uni reste plus que jamais dans le brouillard à la porte de sortie de l’Union européenne (UE). Mercredi, les députés ont rejeté le principe d’un divorce sans accord par une majorité de 321 voix contre 278.

Le vote faisait suite au deuxième refus exprimé la veille par ces mêmes élus de l’accord négocié par Theresa May pour un Brexit qui, à deux semaines de sa date d’échéance, maintient le pays dans la plus grande incertitude.

Les représentants du peuple britannique, qui en juin 2016 a réclamé par voie référendaire la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ne veulent pas partir avec l’accord et ne veulent pas partir sans, une posture qui pour la première ministre ne vient en rien offrir une porte de sortie de l’impasse dans laquelle la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord se trouvent depuis plusieurs mois. Elle a d’ailleurs rappelé mercredi l’importance de trouver une solution rapidement, afin de ne pas perdre une confiance de plus en plus fragile entre le peuple et les élus.

 

« Si la Chambre trouve dans les prochains jours une façon de soutenir l’accord [de Brexit], cela permettrait au gouvernement de demander une extension technique limitée [du processus de retrait] afin de donner le temps nécessaire pour adopter la législation nécessaire et ratifier l’accord que nous avons conclu avec l’UE », a-t-elle indiqué en proposant en soirée de soumettre à nouveau, pour une troisième fois de suite, son accord au vote d’ici le 20 mars prochain.

« La Chambre doit comprendre et accepter le fait que si elle n’est pas disposée à soutenir un accord dans les prochains jours, et comme elle ne veut pas soutenir le départ sans accord le 29 mars, elle laisse alors entendre qu’il faudra une extension beaucoup plus longue [du processus de départ]. Une telle extension obligerait alors le Royaume-Uni » à participer aux prochaines élections au Parlement européen prévues en mai 2019, et auxquelles le pays n’a pas pris part en raison des démarches de divorce en cours.

Le vote de la Chambre contre la possibilité d’une sortie de l’Europe sans accord, un scénario redouté pour les incertitudes qui doivent l’accompagner, a eu une conséquence insoupçonnée mercredi en faisant remonter la valeur de la livre sterling sur le marché des changes, au-dessus de 1,18 euro, soit son plus haut niveau depuis 22 mois.

Plus tôt dans la journée, Hilary Benn, qui préside le comité de sortie de l’UE pour le Royaume-Uni, a indiqué que ce vote allait enterrer définitivement le « slogan ridicule » porté depuis plusieurs mois par les tenants d’un Brexit dur voulant qu’« une sortie sans accord » soit « préférable à une sortie avec un mauvais accord ».

Une clause litigieuse

Depuis novembre dernier, l’accord de séparation de Theresa May fait l’unanimité contre lui en raison d’un risque de compromission situé à la frontière entre les deux Irlandes, frontière abolie lors des accords de paix de 1998. Pour sortir de l’UE et maintenir cet état de fait, le Royaume-Uni a prévu un filet de sécurité, ou « backstop », une clause de sauvegarde qui, après le Brexit, doit empêcher le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, qui fait partie de l’Europe.

Or, les tenants du Brexit ne veulent pas de cette clause qui maintiendrait dans les faits le Royaume-Uni dans l’union douanière européenne. Les adeptes d’un maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE n’en veulent pas plus, puisqu’il assujettirait Londres aux réglementations européennes sans lui donner le droit de voter sur ces réglementations au sein du Parlement ou de la Commission européenne.

Jeudi, les députés britanniques vont être invités à voter sur une demande de report de la date de sortie du Royaume-Uni afin de laisser le temps aux députés de trouver une nouvelle issue dans une échéance qui, pour le moment, est d’à peine deux semaines. Les représentants de l’UE martèlent toutefois à chaque occasion que l’entente négociée durant dix-huit mois entre Bruxelles et Londres est finale et qu’elle n’est pas ouverte à la renégociation. « Il n’y aura pas de négociations dans les jours qui viennent et d’ici au 29 mars », a indiqué le Commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, mercredi matin, sur les ondes de la télévision nationale française, des propos rapportés par l’agence Reuters.

Selon lui, « le train est passé une fois, le train est passé deux fois. Il y a eu deux votes, tous les deux massifs, du Parlement britannique. L’Union européenne a fait tout ce qu’elle a pu pour offrir des solutions, garantir, assurer, réassurer. Maintenant, très clairement, c’est aux Britanniques de dire, après avoir dit ce qu’ils ne voulaient pas, ce qu’ils veulent ».