Un deuxième rejet de l'accord

«Je regrette profondément la décision qui a été prise par le Parlement [mardi]», a dit Theresa May à l’issue du vote.
Photo: PRU AFP «Je regrette profondément la décision qui a été prise par le Parlement [mardi]», a dit Theresa May à l’issue du vote.

Deux mois d’attente et de renégociations infructueuses de l’accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) n’auront finalement rien changé. Pour une deuxième fois de suite, les députés britanniques ont rejeté massivement mardi le cadre du divorce négocié par la première ministre Theresa May, par une majorité de 391 voix contre 242, maintenant ainsi le pays dans l’incertitude à l’approche du 29 mars, soit la date où le Brexit doit officiellement entrer en vigueur.

« Le gouvernement a été défait une nouvelle fois par une très grande majorité, a indiqué le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn. Il doit maintenant accepter que son entente, sa proposition, est morte et n’a pas l’appui de la Chambre. » À peine 40 députés ont changé leur fusil d’épaule depuis le 15 janvier et un premier vote sur l’accord de Brexit rejeté tout aussi massivement par les députés britanniques. Pour Theresa May, cet accord était pourtant le « seul et meilleur accord possible ». La veille du vote, elle a d’ailleurs prévenu les élus que, si cet « accord n’est pas entériné, cela pourrait en être fini du Brexit ».


Le rejet de l’entente a été motivé par le même point en litige depuis plusieurs mois : le filet de sécurité, ou backstop, une clause de sauvegarde, une assurance de dernier recours obtenue au terme de 18 mois de négociation entre Bruxelles et Londres et qui, après le Brexit, doit empêcher le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord qui fait partie du Royaume-Uni et la République d’Irlande qui elle fait partie de l’Europe. L’abolition de cette frontière était au coeur des accords de paix de 1998 entre les deux Irlandes.
 

Les tenants du Brexit ne veulent pas de cette clause qui maintiendrait dans les faits le Royaume-Uni dans l’union douanière européenne. Les adeptes d’un maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE n’en veulent pas plus, puisqu’il assujettirait Londres aux réglementations européennes sans avoir le droit de voter sur ces réglementations au sein du Parlement ou de la Commission européenne.

« Nous sommes devant un problème insoluble, laisse tomber à l’autre bout du fil Alexander Macleod, professeur de science politique à l’UQAM. Le pays est divisé en parts égales sur la question du Brexit et il n’y a aucune majorité qui se profile pour une solution. »

Selon lui, le résultat du vote témoigne de la mauvaise stratégie de Mme May, qui depuis des mois « cherche à imposer son entente, même si elle est mauvaise », conduisant à nouveau le pays dans l’impasse. Une impasse décriée par la représentante de l’industrie britannique, Carolyn Fairbairn, qui a réclamé en soirée mardi « la fin de ce cirque ». « Trop, c’est trop, a-t-elle dit pour commenter le vote des députés. Nous avons besoin d’une nouvelle approche. »

« Je regrette profondément la décision qui a été prise par le Parlement [mardi] », a dit Theresa May à l’issue du vote, en annonçant la suite des choses. Mercredi, les élus vont être invités à se prononcer sur le rejet d’une sortie de l’Union européenne sans accord, une perspective qualifiée par plusieurs de risquée puisqu’elle viendrait complexifier la nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l’UE, placés alors devant une source infinie d’incertitudes quant aux accords commerciaux, à la circulation des individus, des marchandises ou des capitaux. Entre autres choses. Pour Boris Johnson, toutefois, partisan de la ligne dure quant à la sortie de l’UE, cette possibilité d’un divorce sans accord reste la « seule voie de sortie sécuritaire », a-t-il indiqué mardi, même si elle expose le pays à de grandes difficultés.

 

Mardi, le négociateur en chef du divorce pour l’Europe, Michel Barnier, a toutefois mis en garde les députés britanniques contre la « dangereuse illusion » qu’une séparation sans accord pourrait être tout aussi profitable au Royaume-Uni. « Permettez-moi d’être clair, a-t-il indiqué sur Twitter. La seule base légale pour la transition, c’est l’accord de retrait. Sans accord de retrait, il n’y a pas de transition. »

Dans la journée, Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne, a d’ailleurs rappelé les vertus d’un « départ ordonné » face à un « Brexit sans accord » qui, s’il devait se produire, forcerait les Britanniques à « garder [les] mains sur le volant, à regarder devant et à attacher [leur] ceinture de sécurité », a-t-il dit.

En cas de rejet d’un départ sans accord, les députés vont être amenés jeudi à voter sur une demande de prolongation de la date de sortie du Royaume-Uni de l’UE au-delà du 29 mars afin de trouver une nouvelle façon de sortir de l’impasse. Une solution temporaire qui ne pourrait pas aller au-delà du 23 mai, date des prochaines élections européennes après lesquelles le Royaume-Uni ne devrait plus techniquement avoir de représentants politiques au sein de l’institution démocratique.

L’accord de sortie a été finalisé en novembre dernier, et ce, 18 mois après le référendum du 23 juin 2018 qui a donné le coup d’envoi du Brexit. 52 % des électeurs avaient alors appuyé le retrait du pays de l’Union européenne, contre 48 % qui avaient choisi la continuité et le maintien du pays au sein de l’Europe.