Le pape annonce l’ouverture des archives du Vatican sur Pie XII en 2020

Un juif regarde un panneau consacré au pape Pie XII au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem.
Photo: Gali Tibbon Agence France-Presse Un juif regarde un panneau consacré au pape Pie XII au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem.

Le pape François a annoncé lundi l’ouverture en mars 2020 des archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII (1939-1958), après des décennies de polémiques sur son attitude face à la Shoah.

De nombreux chercheurs réclament depuis des années de pouvoir examiner pourquoi Pie XII n’est pas intervenu davantage contre la Shoah, une attitude que des organisations juives dénoncent comme une forme de complicité passive.

« J’ai décidé que l’ouverture des archives du Vatican pour le pontificat de Pie XII aurait lieu le 2 mars 2020 », au 81e anniversaire de l’élection d’Eugenio Pacelli, a déclaré le pape en recevant les archivistes du Saint-Siège. « L’Église n’a pas peur de l’histoire », a-t-il affirmé.

À Jérusalem, le Mémorial de la Shoah de Yad Vashem a salué cette décision « qui va permettre des recherches ouvertes et objectives de même qu’une étude complète des questions liées à l’attitude du Vatican en particulier, et de l’Église catholique en général, pendant l’Holocauste ».

En 2012, le mémorial avait modifié le panneau sur Pie XII dans son musée, expliquant que son attitude face à la Shoah était « objet de controverses ».

Le gouvernement israélien s’est déclaré « satisfait de cette décision » et a souhaité qu’elle permette « d’avoir accès aux archives pertinentes ».

Controverses

Alors que Jean XXIII (1958-1963), Paul VI (1963-1978) et Jean-Paul II (1978-2005) ont été canonisés, le procès en béatification de Pie XII, relancé en 2009 par Benoît XVI, est au point mort en raison de ces controverses.

Pour beaucoup d’historiens, Eugenio Pacelli, qui avait longtemps été nonce (ambassadeur) en Allemagne avant de diriger la diplomatie du Vatican, aurait dû condamner bien plus fermement le massacre des juifs, mais ne l’a pas fait pour ne pas mettre en péril les catholiques dans l’Europe occupée.

Une pièce de théâtre, Le vicaire, du dramaturge allemand Rolf Hochhuth en 1963, adaptée en 2002 dans le film à charge Amen, du Franco-Grec Costa-Gavras, a largement contribué à cette image.

D’autres historiens assurent en revanche qu’il a sauvé des dizaines de milliers de juifs italiens en demandant aux couvents de leur ouvrir leurs portes.

Selon Mgr Sergio Pagano, responsable des Archives secrètes du Vatican, les travaux en vue de cette ouverture ont débuté sous Benoît XVI en 2006, après l’ouverture des archives sur le pontificat de Pie XI (1922-1939).

À cette époque, le Saint-Siège pensait que tout serait prêt à l’horizon 2014-2015, mais l’étendue de la documentation et le manque de personnel ont allongé les délais, a rappelé Mgr Pagano dans l’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

L’Église n’a pas peur de l’Histoire.

Selon lui, ce patient travail d’archivage sur « une période cruciale pour l’Église et pour le monde » permettra aux historiens de découvrir une « oeuvre surhumaine d’humanisme chrétien ».

« J’assume cette décision », a déclaré lundi le pape François, « sûr que la recherche historique sérieuse et objective saura évaluer sous sa juste lumière, avec les critiques appropriées, les moments d’exaltation de ce pape et, sans doute aussi, les moments de graves difficultés, de décisions tourmentées, de prudence humaine et chrétienne ».

Ces décisions « pourront paraître à certains comme une réticence et furent en fait des tentatives […] de maintenir, dans les périodes de ténèbres les plus profondes et de cruauté, la petite flamme des initiatives humanitaires, de la diplomatie cachée mais active », a assuré le souverain pontife argentin.

Dans une interview en 2014, il s’était montré plus incisif : les alliés « connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire pour transporter les juifs vers les camps de concentration. Ils avaient les photos. Mais ils n’ont pas bombardé ces lignes. Pourquoi ? ».

En revanche, Pie XII a caché des milliers de juifs dans les couvents, jusqu’à Castel Gandolfo.

« Là, dans la maison du pape, dans sa chambre, 42 bébés sont nés, fils de juifs et d’autres persécutés », avait rappelé le pape François.