Mariano Rajoy déplore les violences policières lors du référendum catalan

C'était au tour de l’ancien chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de témoigner au procès des indépendantistes catalans.
Photo: Andrea Comas Associated Press C'était au tour de l’ancien chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de témoigner au procès des indépendantistes catalans.

L’ancien chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a déploré mercredi les violences policières ayant émaillé le référendum interdit de 2017 en Catalogne, mais en a rejeté la responsabilité sur les indépendantistes catalans lors du procès à Madrid des anciens dirigeants séparatistes.

« Je regrette beaucoup toutes ces images, elles ne me plaisent pas », a concédé M. Rajoy après la projection d’une vidéo montrant des policiers frappant à coups de matraques des électeurs.

Il en a toutefois rejeté la responsabilité sur le gouvernement régional indépendantiste catalan qui a organisé ce référendum le 1er octobre 2017 malgré son interdiction par la justice.

« Si on n’avait pas appelé les gens à participer à un référendum illégal […], personne n’aurait eu à voir les blessures de certaines personnes et membres des forces de sécurité », a ajouté M. Rajoy, au pouvoir au moment de la tentative de sécession de 2017.

Son audition était d’autant plus attendue que la question catalane est actuellement au coeur d’un débat politique virulent, à l’approche des élections législatives anticipées d’avril et des européennes, municipales et régionales de mai.

Rébellion

M. Rajoy s’exprimait sous le regard des douze anciens dirigeants indépendantistes, qui encourent de 7 à 25 ans de prison. La plupart sont jugés pour « rébellion », supposant l’existence d’un « soulèvement public et violent », ce qui est systématiquement réfuté par la défense.

Assis face aux sept juges de la Cour suprême, l’ancien dirigeant conservateur de 63 ans a déclaré d’un ton offensif que les indépendantistes « étaient pleinement conscients que […] tant que Mariano Rajoy serait président du gouvernement, il n’y aurait pas de référendum pour liquider la souveraineté nationale ».

 Si on n’avait pas appelé les gens à participer à un référendum illégal […], personne n’aurait eu à voir les blessures de certaines personnes et membres des forces de sécurité

Il a martelé qu’aucun dialogue n’était « possible » avec les dirigeants séparatistes qui voulaient « liquider la Constitution ».

Selon le gouvernement régional catalan, 2,3 millions d’électeurs catalans avaient voté le 1er octobre 2017, dont 90 % pour l’indépendance. Un résultat invérifiable.

Également entendu mercredi comme témoin, l’ex-président de la Catalogne de 2010 à 2016, Artur Mas, a assuré, lui, que le mouvement indépendantiste avait toujours agi avec « la volonté d’éviter la moindre violence ».

« Je m’étais trompé en pensant que le gouvernement central n’enverrait jamais des forces de l’ordre pour intervenir » le jour du référendum, a dit M. Mas, critiquant « une chose aussi peu intelligente qui pouvait saper son image et faire le tour du monde ».

Aussitôt après la vaine proclamation d’« une république catalane » au Parlement catalan le 27 octobre 2017, Madrid avait placé la région sous tutelle, dissous le Parlement régional et destitué le gouvernement de Carles Puigdemont, qui avait fui quelques jours plus tard en Belgique.

En décembre 2017, cependant, les élections régionales convoquées par le gouvernement central avaient été de nouveau remportées par les indépendantistes.

Mariano Rajoy a dirigé l’Espagne de 2011 jusqu’au renversement de son gouvernement en juin 2018, coulé par un mégaprocès pour corruption ayant affecté son parti.