Les insultes à un intellectuel, nouvelle illustration de l’antisémitisme en France

Le philosophe Alain Finkielkraut a d’abord accueilli avec bienveillance le mouvement des gilets jaunes, avant d’en critiquer l’évolution.
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse Le philosophe Alain Finkielkraut a d’abord accueilli avec bienveillance le mouvement des gilets jaunes, avant d’en critiquer l’évolution.

Les injures antisémites proférées contre un intellectuel français en marge du mouvement des gilets jaunes ont mis en lumière la recrudescence des manifestations d’antisémitisme dans ce pays, où des rassemblements doivent avoir lieu mardi à l’appel de partis politiques.

« Barre-toi, sale sioniste de merde », « grosse merde sioniste », « la France, elle est à nous », ont crié samedi des manifestants du mouvement des gilets jaunes qui défilaient à Paris en apercevant le philosophe et académicien Alain Finkielkraut près de son domicile, selon des images diffusées sur Internet.

Sur une seconde vidéo tournée par un journaliste pigiste, on peut voir les forces de l’ordre s’interposer pour protéger le philosophe, âgé de 69 ans.

Se présentant comme « un défenseur exalté de l’identité nationale », Alain Finkielkraut, l’un des polémistes les plus médiatiatisés de France, est issu de la gauche mais taxé de « néo-réac » par ses détracteurs. Le philosophe a d’abord accueilli avec bienveillance le mouvement des gilets jaunes, avant d’en critiquer l’évolution.

« Les injures antisémites dont il a fait l’objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne le tolérerons pas », a déclaré dès samedi le président français, Emmanuel Macron.

Cette agression verbale a été condamnée par l’ensemble de la classe politique en France.

Dimanche, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».

« Un suspect, reconnu comme le principal auteur des injures, a été identifié par nos services », a indiqué le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, dans un tweet.

Lundi, le ministre avait dénoncé un « poison » en annonçant une hausse de 74 % des actes antisémites en 2018. Ce total de 541 actes reste toutefois inférieur au pic record de 808 actes recensés en 2015.

Plusieurs dégradations ont en outre été constatées le week-end dernier en France : image de Simone Veil — figure de la vie politique française et européenne, déportée à 15 ans dans le camp d’Auschwitz — barrée d’une croix gammée, graffiti « Juden » (juifs en allemand) sur la vitrine d’un restaurant parisien, arbre en mémoire d’Ilan Halimi vandalisé.

Jeune juif de 23 ans, Ilan Halimi est mort après avoir été séquestré et torturé pendant plusieurs semaines en 2006 en banlieue parisienne.

Face à cette situation, 14 partis politiques ont invité les Français à se réunir mardi partout dans le pays pour dire « Non à l’antisémitisme ».

Revenant sur l’agression, l’intellectuel a précisé qu’il ne voulait pas porter plainte : « Je ne suis ni une victime ni un héros », a-t-il dit.

Trois mois de gilets jaunes

Entre 1000 et 2000 « gilets jaunes » ont défilé, pour une première fois un dimanche, dans le calme à Paris, trois mois jour pour jour après le début de cette contestation sociale pour laquelle le soutien dans l’opinion publique est en baisse, a constaté une journaliste de l’AFP.

Samedi, le ministère de l’Intérieur avait dénombré 41 500 manifestants en France et 5000 à Paris, des chiffres en recul par rapport à la semaine précédente mais contestés par les gilets jaunes, qui en ont dénombré plus du double (104 070).

Les gilets jaunes contestent la politique fiscale et sociale du gouvernement, réclament plus de pouvoir d’achat et appellent, pour certains, à la démission du président Emmanuel Macron. Ce mouvement a essaimé dans toute la France et poussé le gouvernement à des mesures sociales et au lancement d’un grand débat national.

Une majorité de Français (52 %, +15 points) estime que les gilets jaunes « doivent maintenant cesser leur mouvement et leurs actions », selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche.