Face aux juges, le principal séparatiste catalan persiste et signe

Oriol Junqueras, à gauche, et son avocat, mardi. Il encourt la peine la plus élevée — 25 ans de prison — des douze indépendantistes accusés.
Photo: Emilio Naranjo Pool via Associated Press Oriol Junqueras, à gauche, et son avocat, mardi. Il encourt la peine la plus élevée — 25 ans de prison — des douze indépendantistes accusés.

Sous les ors de la Cour suprême et le regard des sept juges assis en surplomb, l’ex-vice-président indépendantiste catalan Oriol Junqueras a revendiqué jeudi « avec passion » sa lutte pour la « république catalane » lors du procès sur la tentative de sécession de 2017.

Avec lui, onze autres anciens dirigeants indépendantistes comparaissent depuis mardi à Madrid, dans le majestueux salon des réunions plénières de la plus haute instance judiciaire espagnole. À l’endroit même où le roi d’Espagne, Felipe VI, préside rituellement le lancement de l’année judiciaire.

Sous un immense lustre étincelant, les accusés sont alignés par trois sur des banquettes de velours au centre de la salle.

L’ancien professeur universitaire de 49 ans est le premier des accusés à déclarer. Assise au premier rang du public, son épouse est venue le soutenir.

Après quinze mois de détention provisoire et de « silence forcé », c’est presque joyeusement qu’il lance : « On m’accuse pour mes idées et non pour des faits […] c’est un procès politique. »

Lui qui encourt la peine la plus élevée — 25 ans de prison — a choisi de ne faire aucun mea culpa, mais au contraire de renverser l’accusation contre l’État.

On m’accuse pour mes idées et non pour des faits […] c’est un procès politique 

« C’est un meeting politique… et un suicide », chuchote, dans le public, un journaliste catalan souhaitant garder l’anonymat.

Toute l’Espagne peut suivre en direct le procès retransmis à la télévision.

Égal à égal

Et c’est « avec plaisir » que M. Junqueras s’adresse — en espagnol — à ce pays qu’il « aime », tout en souhaitant que la Catalogne puisse avoir avec lui une relation « d’égal à égal ».

Pendant une heure et demie, interrogé par son propre avocat, il revendique « le droit démocratique » à un référendum d’autodétermination.

« Personne ne peut douter que nous avons toujours, toujours rejeté la violence », plaide l’accusé catalan. « Le caractère des mobilisations populaires a toujours été pacifique », dit-il.

« Organiser un référendum n’est pas un délit », mais « l’empêcher par la force l’est », insiste Oriol Junqueras, en référence aux violences policières ayant émaillé le scrutin.

Dans le public, quelques spectateurs sont venus pour voir le parti d’extrême droite Vox, qui, grâce à une particularité espagnole, assume un rôle d’accusateur aux côtés du parquet.

« Vox est là comme la voix, la clameur du peuple espagnol, pour que ces gens apprennent qu’on ne peut pas faire un coup d’État », assène un jeune étudiant en économie, Andres Bassante.

Le numéro deux de Vox, l’avocat Javier Ortega Smith, insiste cependant vainement pour prendre la parole. Le président du tribunal ne le lui permet pas, M. Junqueras ayant refusé de répondre à toute question de l’accusation.