Syndicats et «gilets jaunes» manifestent main dans la main en France

Le mouvement de grève a débuté dans la nuit.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Le mouvement de grève a débuté dans la nuit.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi en France, à l’appel principalement de la Confédération générale du travail (CGT), mais aussi, pour la première fois, avec la participation de gilets jaunes, citoyens qui mènent une fronde sociale depuis près de trois mois et qui jusqu’à présent regardaient les syndicats avec méfiance.

« Aujourd’hui, c’est un succès qui en appelle d’autres », s’est réjoui le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. En novembre pourtant, il avait refusé tout lien avec le mouvement à cause de son discours anti-fiscal et des risques de récupération par l’extrême droite.

De son propre aveu, le syndicaliste a révisé son discours lorsque les revendications des gilets jaunes se sont élargies à la hausse du salaire minimum ou davantage de services publics.

Dans les cortèges, les revendications étaient nombreuses : hausse des salaires, justice fiscale, opposition à la réforme de l’école secondaire (lycée) ou à l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers, droit de manifester ou défense du service public.

À Paris, 30 000 personnes ont défilé selon la CGT, 18 000 selon la police, 14 000 selon le cabinet Occurrence, mandaté par un collectif de médias dont l’AFP. La CGT a estimé à 300 000 le nombre de manifestants dans toute la France.

Ailleurs au pays

À Marseille, 5200 personnes (selon la police) ont manifesté. « Nos revendications sont identiques. Il faut être tous ensemble », a témoigné Brigitte, une retraitée qui perçoit une pension de 680 euros (environ 1000 $CAN) et a rejoint les gilets jaunes d’une ville voisine, Fos-sur-Mer. « Il arrive un moment où toutes les luttes se rejoignent. Sans convergence avec les partis et les syndicats, on n’arrivera à rien », estime-t-elle.

À Lyon, parmi les 4300 manifestants (toujours selon la police), il y avait environ 500 gilets jaunes. « Cela fait trois mois qu’on est dehors et il faut aller plus loin, alors on fait un pas : les syndicats ont appelé, on est là. Maintenant, on verra quand on appellera s’ils répondent », constate l’un d’eux, Fabrice.

Dans l’ensemble, les manifestations se sont déroulées dans le calme. La circulation a été perturbée par plusieurs manifestations CGT et gilets jaunes à travers la France.

Des préavis de grève avaient été déposés dans la fonction publique, les transports publics ou Radio France. Selon le ministère de l’Éducation nationale, environ 5 % des enseignants étaient en grève.

Paris — Par un large vote, l’Assemblée nationale française a adopté mardi une proposition de loi controversée, dite « anticasseurs ». Dans les rangs du parti présidentiel La République en marche, 50 députés — un record — ont toutefois préféré s’abstenir pour marquer leur refus des interdictions préventives de manifester pouvant être prises par les préfets, sous peine de six mois d’emprisonnement et 7500 euros (environ 11 000 $CAN) d’amende. La proposition de loi retournera au Sénat dès le 12 mars pour une deuxième lecture, le gouvernement, qui a repris à son compte la proposition de l’opposition de droite Les Républicains, souhaitant une adoption définitive rapide dans le contexte des manifestations récurrentes des gilets jaunes.